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14 novembre 2010

Le jeu des sept familles

Dans la famille Hun, je demande Attila. Et Tamerlan, et Cortez, et Pizarre, et Custer, et un barbu.

Dans la famille Deux, je demande le grand-père, Vatican, et le père, Jean-Paul, et la grand-mère et la mère et la fille, Élisabeth, et les fils, Rambo (le retour), Superman (le retour), et l'arme fatale et Mad Max et Rocky et Freddy et Jurassic et les autres, le retour, tous. Tant que ça marche, on peut tirer sur la ficelle, on ne va pas se priver.

Dans la grande famille américaine, je demande le père, le fils et le Saint-Esprit, trois pour le prix d'un, Farmer Joe soi-même, créé le premier jour de la semaine et qui a inventé à son tour le reste du monde pour avoir à la fois une bonne et une mauvaise conscience, selon les latitudes, les circonstances et les convenances (tuez-les tous, les survivants seront les bons). Je demande aussi la fille... Euh, non, pas la fille. Soyons raisonnable. Il n'y a pas de féminin en anglais. Il n'y a pas d'Anglaises. Il ne faut pas demander l'impossible...

Dans la famille suivante, je demande celui qui va toujours derrière, les pieds dans le ruisseau et le nez dans le cul de celui qui le précède, pour ne pas prendre de coups, peut-être, ou parce qu'il ne sait pas où aller, ou parce que ça lui est égal, ou parce que de toute façon ça ne changerait rien pour lui. Éternel second, troisième, énième, dernier de la file, c'est lui qui prend dans la figure les crachats que le premier envoie régulièrement en l'air et qui, tout ce petit monde marchant malgré tout dans le même sens, lui retombent invariablement sur la gueule.

Dans la famille nombreuse, j'essaie de ne pas me tromper. Dans le tas, il doit bien y en avoir un ou une qui vaille le coup. Le problème, c'est qu'on ne sait pas où il se trouve, ni à quoi il ressemble. Ou plutôt si, malheureusement. Il ressemble à tous les autres et, comme chacun est persuadé d'être celui-là, ça ne rend pas les choses faciles. Migraines, temps perdu. Mieux vaudrait une île déserte.

Dans la famille Troudcul, je demande...

On sonne à la porte. Déjà ? Je me lève et vais à la fenêtre pour jeter un coup d'œil. Ils sont là, en effet. Les pères, les mères, les enfants, les grands-parents, tous ; la queue s'étend jusqu'au bout du jardin, déborde sur la rue, occupe toute la longueur du trottoir. Il y en a partout. Ils sont des dizaines, des milliers, des millions, des milliards. Des nuées. C'est une infection, une épidémie, une marée noire. En les multipliant par deux, par quatre, par six, on aura le nombre de leurs petites pattes qui piétinent l'asphalte avec un bruissement de fourmis en marche. Bien sûr, on va dire que j'exagère, que c'est encore ma mauvaise foi, ma mauvaise humeur, que j'ai un souffle au cœur - un souffle empoisonné - ou un ulcère qui est parti de l'estomac et m'a grimpé le long de l'œsophage, de la gorge, des fosses nasales, et m'a finalement envahi le cerveau et s'est mis à penser à ma place... Peut-être. Va savoir. On n'est jamais sûr de rien. Sauf d'une chose : ils sont là, et ils ne sont pas près de partir...

Dans ma famille, je ne demande rien. Je n'avais rien demandé. On ne m'a pas demandé mon avis.

 

 

12:29 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0)

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