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28 juin 2011

Sauvagerie interdite

Libres… de faire le bon choix

 

Les démocraties bien rodées se flattent de garantir la liberté à leurs citoyens. Oui, bien sûr… Encore faut-il s'entendre sur ce qu'est la liberté – et là je ne parle pas de celle de voler (comme un oiseau ou non), de tuer un type qui a une gueule qui ne nous revient pas ou de faire interdire la piscine municipale aux cochons de payants de l'autre sexe le jour où on va y tremper le sien. Il est question, ici, de la liberté de vivre à sa guise, quand bien même ce serait à l'écart de la société, et sans gêner autrui.

Une anecdote survenue en Martinique ces dernières années et jugée récemment (Compte-rendu d'audience dans France-Antilles du 9 juin 2011) démontre pourtant que ce genre de comportement «libre» est interdit par la loi, alors même qu'il ne nuit à personne.

Un couple dans la cinquantaine, avec ses huit enfants, a décidé en 1999 de quitter la ville et d'aller vivre dans les bois, sur les hauteurs de Schœlcher (près de Fort-de-France). Vie en autarcie totale, à trois heures de marche de la «civilisation», jardin potager, quelques chèvres. On s'appellerait Thoreau qu'on aurait son nom dans le dictionnaire…

Mais on ne s'appelle pas Thoreau (on sait probablement à peine lire et écrire) et, en 2006, les services sociaux s'intéressent aux sauvages. Cependant, comme ils ne décèlent aucun dysfonctionnement grave, ils laissent pisser.

Ça aurait pu continuer. Mais, en 2008, les trois enfants les plus âgés sortent du bois et racontent l'histoire de la famille qui, relayée pas les médias, devient une histoire vraie (le temps qu'une autre histoire devienne vraie à son tour et relègue celle-ci aux oubliettes). Sauf que la Justice, cette fois, a eu le temps de s'en mêler. On a parlé de violence, de privations, de marijuana. On ne rit plus…

Or, après enquête, on s'aperçoit que la marie-jeanne n'est qu'un lointain souvenir et que les violences et sévices allégués ne sont pas retenus. Que faire? Relâcher les fauves dans le bois? Que non. Les juges ne sont pas payés à rien foutre. Les parents sont donc inculpés pour «soustraction sans motif légitime aux obligations légales des enfants», etc.

«Ces enfants ont été soustraits au droit de choisir librement ce que pourrait être leur vie», prétend le vice-procureur. Il réclame pour ce crime trois ans de prison pour la mère, cinq pour le père.

Là, on ne sait plus si on doit rire ou pleurer. Car on doit comprendre que si ces enfants, au lieu d'être élevés dans les bois, l'avaient été dans une cité surpeuplée de la banlieue de Fort-de-France (ou de Paris, de São Paulo ou de Manille) – et là, épargnons-nous les détails sordides, la littérature sur le sujet est assez abondante et facile à trouver –, ils auraient eu le «droit de choisir librement ce que pourrait être leur vie».

Le choix de vie? Oui, mais le bon choix. Le choix d'élever ses enfants pour qu'ils soient des esclaves obéissants – ou des assistés sociaux –, pour qu'ils se gavent de séries télé, pour qu'ils consomment de la merde qu'ils contribueront à produire pour le seul profit d'autres qu'ils ne voient jamais ou pour qu'ils s'empoisonnent de drogues légales et dûment taxées.

Voilà ce que statue ce procureur : on est libre de forger les chaînes qu'on va porter toute sa vie, mais pas de refuser ces chaînes.

Entendons-nous bien. Vivre dans les bois, je ne suis pas certain que ce soit meilleur que de vivre n'importe où ailleurs. J'en doute même (personnellement, la campagne m'emmerde). Mais qu'on interdise à qui que ce soit de le faire parce qu'alors on n'aurait plus le «droit de choisir librement ce que pourrait être sa vie», ça me paraît le comble de l'absurdité. La prison comme gage de la liberté…

Au trou, Thoreau! Au poteau!

18:58 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (9)

Commentaires

Evidemment, quand on sait que ma propre liberté étend celle des autres à l'infini, comme proclamait un certain ours à peine moins léché que le Polaire tropical ci-dessous inclus, comment laisser le premier Tartempion venu, même Martiniquais, jouir de la sienne, de liberté, tu vois le foutoir généralisé qui ne manquerait pas d'en découler. Encore que... quand on voit l'enfer volontaire dans lequel tous ces branleurs se complaisent, on se dit que tous les Tartempions du monde, même Martiniquais, ne changeraient pas grand-chose en batifolant dans la brousse plutôt qu'en rase banlieue. Mais bon, chacun ses certitudes, pas vrai?
M.

Écrit par : Zob Zob | 29 juin 2011

Merci pour ce commentaire, ZZ, mais il y a deux conditions pour qu'un commentaire demeure en ligne sur ce site :
- qu'il soit écrit en français (ce qui est le cas ici, bravo!)
- qu'il ne soit pas anonyme.
Je le laisse donc pour 24 h encore, après quoi, à défaut d'être signé, il sera supprimé.
LC

Écrit par : Chabin | 29 juin 2011

L'anonymat est malheureusement ma condition sine qua non à la publication d'une quelconque participation Internet.
Ceci dit, un apôtre de la liberté tel que LC devrait sans trop de souci pouvoir envisager le droit à l'anonymat comme manifestation légitime d'une liberté de mouvement au sein de cette Toile rongée de l'intérieur par les Grandes Oreilles de Big Brother et consorts. Et sinon, eh bien tant pis!
Cordiales. MZ.

Écrit par : zz | 29 juin 2011

À propos de commentaires non signés - au demeurant tout à fait intéressants - qui ont été faits sur ce texte, je tiens à préciser que :

- Je ne suis pas un apôtre de LA liberté, je m'occupe de la mienne, c'est déjà beaucoup;

- Je ne conteste à personne le droit, l'envie ou la nécessité d'être anonyme, mais quiconque entre chez moi est prié de déposer sa cagoule à l'entrée;

- On peut refuser de revendiquer publiquement ses opinions par crainte de perdre son intégrité physique, sa liberté ou sa situation, mais, dans ce cas, on s'abstient d'en faire état de façon anonyme dans le média d'un autre qui, lui, ne l'est pas.

Au fait, un texte anonyme, ipso facto, tombe dans le domaine public. Il faut faire ses choix.

Écrit par : Chabin | 30 juin 2011

Oui, vous avez parfaitement raison sur la défense de VOTRE liberté, c'est probablement bien assez; d'ailleurs, chaque esclave se bat contre son propre maître (quand il se bat), et chaque paysan défend son assiette de soupe, éventuellement celle de sa famille, tout dépend de la famille.
Je dois aussi dire que la cagoule est assez bien trouvée! Sauf qu'ici je n'entre chez personne, je ne fais que pousser du pied la porte grande ouverte d'un hypermarché offert à tous les vents. Et je n'ai pas pour habitude de tendre mon passeport au vigile ou même au proprio d'un hyper pour pouvoir y entrer. Ce d'autant plus que les commentaires sont ici ouverts et non censurés a priori, ce qui pourrait, et peut-être devrait être le cas afin de vous assurer, cher LC, des deux conditions précitées.
Quant à ce qui me pousse à tenter de préserver, difficilement mais je m'y efforce, un semblant d'anonymat, ce n'est que le bon sens dans un monde devenu démoniaque. Je n'ai honte ni de mon nom ni de mes opinions et n'ai peur de personne. Mais par principe je refuse de baisser la garde, et surtout dans le domaine public, devenu la cible de tous les abus et de toutes les tromperies. Monsieur Sarkozy, Monsieur Obama ou Monsieur Ducon n'ont pas à savoir qui je suis si je ne les ai expressément invités à le savoir. Et le domaine public n'a rien à y voir: on peut parfaitement se balader dans la rue sans y être reconnu, c'est même le propre de l'anonymat, que de pouvoir se promener les mains dans les poches en étant certain de n'être pas la cible des malotrus de tout poil. Or c'est précisément ce qui manque à la Toile, cette assurance donnée à chacun de pouvoir se mouvoir en toute liberté. Car lorsque je passe sur un site et que j'y laisse mes empreintes, celles-ci sont récupérées par Dieu sait qui (et sans doute pas vous mais le mal est fait), décortiquées, analysées, comparées et en trois secondes mon parcours, ma vie au complet peut être affichée aux yeux ébaubis de n'importe qui. Mais dans la vraie vie, pourtant, n'ai-je pas le droit de sélectionner ce que je veux dire et surtout à qui? Quand je suis dans le domaine public, comme vous dites, je n'ouvre pas mon passeport - et bien plus encore - à n'importe qui pour autant...
Comprenons-nous bien, que je mette ou non mon paraphe en bas d'un commentaire dans votre site n'est pas en soi très important. Ce qui l'est, en revanche, c'est que des sbires puissent un jour, par simple recoupement des données volontairement distribuées par moi, utiliser celles-ci à des fins on ne peut plus discutables. Alors bien entendu, la parade ultime est de ne rien laisser traîner derrière soi, de ne pas écrire une ligne, de ne pas brancher de modem, de n'avoir ni fesse-book ni twitter, mais qui peut se permettre ce luxe aujourd'hui s'il veut être un minimum intégré au monde qui l'entoure? Reste donc l'anonymat, et même le combat pour icelui. Et j'enjoins quiconque un tantinet intéressé à la liberté de mouvement, sans doute la seule qui nous reste - jusqu'à quand - à jeter un œil à des programmes tel que Tor, JAP ou Netshade qui permettent de surfer en "relative" discrétion. On n'a généralement pas idée du nombre d'informations qui peuvent être récupérées sur notre compte après notre simple passage sur une page web... Exemple ici: http://www.anonymat.org/vostraces/index.php
Avec mes cordiales salutations empressées.
ZZ





Ceci dit,

Écrit par : zz | 30 juin 2011

Je ne voudrais pas m'immiscer dans une querelle que je devine insoluble entre un défenseur de sa grotte personnelle et un visiteur importun qui revendique le droit de venir se servir dans le frigo, mais je ne puis m'empêcher de semer une obole discrète à la discussion: si je reconnais, comme Monsieur Zobi-la-mouche, que nous avons tous droit à notre part d'anonymat, et ses arguments me semblent justes, il n'en demeure pas moins que ce blog est orienté et "privé" pourrait-on dire, par le simple fait que son auteur le signe, ce qui n'est pas le cas de disons 99% des sites inernet. On peut donc parler de domaine privé au sein d'un espace public. Et le fait que les commentaires n'y soient pas censurés n'est pas une permission de tout s'autoriser sous couvert d'anonymat, justement, mais la preuve que l'auteur en question est ouvert a priori à la discussion et c'est tout à son honneur.
Personnellement, je n'anime aucun blog et me contente de sites web à l'ancienne, c'est-à-dire quand les visiteurs étaient des visiteurs et non des acteurs. S'il est parfaitement loisible à un metteur en scène de concevoir une pièce faisant participer les spectateurs, il peut aussi se contenter d'offrir un spectacle à savourer de l'extérieur. Et il serait malheureux de devoir se justifier pour monter du Molière sans que des trublions ne montent sur scène, merde!
Alors je vote pour la suppression des commentaires anonymes, ou alors, si vraiment, de garder ces derniers à titre d'exemple, mais n'y revenez pas tas de sales garnements!
MWR (facilement identifiable avec un coup de Gougueule)

Écrit par : MWR | 30 juin 2011

Mon cher Zizi,
Votre ultime commentaire me touche, et de diverses façons.
Premièrement, il faut lui reconnaître de la tenue du point de vue logique.
Deuxièmement, il faut lui en reconnaître aussi du point de vue linguistique - c'est assez rare pour qu'on le note.
Donc :
- Afin de ne pas ergoter pendant des jours,
- Afin de ne pas me comporter comme un défenseur de la liberté (quand ce ne serait que la mienne) enfin arrivé au pouvoir,
- Et parce que, quand je parle de domaine public, je veux dire qu'un texte anonyme appartient de facto à celui qui le signe le premier,

Je conserve cet aimable échange en m'en considérant l'unique auteur!

LC

Écrit par : Chabin | 30 juin 2011

Quelle célérité, MWR! Un vrai cosaque. Tu me coupes quasi l'herbe sous le pied...
Je profite cependant de ton intervention pour apporter une précision à ce que j'entends par «anonymat». Pour moi, un anonyme n'est pas quelqu'un que personne ne connaît, c'est quelqu'un que MOI je ne connais pas. Car j'entends déjà les grincheux : pourquoi Zizi se fait-il jeter comme un papier gras alors que MWR, dont le nom semble martien et imprononçable à souhait, a déjà laissé sa trace ici il y a quelque temps, et sans susciter mes foudres. La réponse est simple : je sais qui est MWR, il n'est donc pas un anonyme pour moi.
Cela dit, dors en paix, Zizi, je ne t'enverrai pas mes sbires.
LC

Écrit par : Chabin | 30 juin 2011

N'est pas Chabin pour rien, le bonhomme, toujours cette imparable logique!…

Écrit par : MWR | 01 juillet 2011

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