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19 septembre 2011

Vive les riches!

«Cet homme qui gagne un million par an a moins de loisir que le plus pauvre de ses ouvriers, il se lève avant le soleil, passe le jour au milieu des miasmes fétides de l'atelier, et se délasse le soir en parcourant les colonnes de chiffres de son grand-livre [...]. Que le travail presse, que son vaste entrepôt soit comme le tonneau des Danaïdes, toujours vide quoiqu'on le remplisse toujours; qu'il n'y ait pour lui ni paix ni relâche; qu'il trouve à peine, une fois par semaine, le temps de se rappeler qu'il a une femme, etc.»

Ce charmant portrait d'un malheureux précurseur de la grande industrie a été publié par le journaliste Eugène Souvestre dans la Revue de Paris en… 1836.

Mais qu'est-ce qui a changé? Aujourd'hui encore, un entrepreneur familial dur à la tâche, ne ménageant ni sa peine ni son temps, ayant travaillé plus de quinze heures par jour pendant des dizaines d'années, n'aura finalement réussi qu'à accumuler plus de 50 milliards de dollars de dettes, aura perdu un de ses fils dans la honte et sera contraint de vivre pendant 150 ans dans une cellule fort spartiate du pénitencier de Butner, Caroline du Nord.

Et ce n'est pas tout. Car non seulement ces pauvres types auront passé leur vie à accumuler leurs pertes, leurs taux d'urée et de cholestérol, leur stress et des hordes de pauvres qu'ils ont tellement sucé jusqu'à l'os qu'ils ne peuvent même plus acheter leurs produits et finiront par les acculer à la faillite,  mais ils se rendent enfin compte, sur leur lit de mort ou ce qui leur en tient lieu, qu'ils n'ont jamais eu le temps de baiser leur femme ou de vider leur frigo…

Qui l'a fait pour eux? Les artistes. Les artistes qui ont le temps et l'imagination nécessaires pour dépenser leur vie au lieu de la gagner.

Les artistes devraient remercier les riches. Car les riches habillent leurs femmes pour que les artistes les déshabillent, les riches parfument leurs femmes pour que les artistes puissent les retrouver les yeux fermés, les riches achètent des draps en soie pour que leur femmes les tachent du sperme des artistes, les riches collectionnent les Jaguars pour que les artistes y retrouvent le goût  de leur adolescence avec leurs femmes sur les banquettes arrière, les riches ont le bon goût de rentrer tard pour que les artistes aient le temps de mener à leur place la vie de château dans leur château; les riches achètent tout , mais ce sont les artistes qui le dépensent.

Et c'est pour ça que, dans le fond, on les aime tant, nos riches. Ils ont tout, mais nous on les possède…

Vive les riches!

Commentaires

Finalement, c'est assez vrai, que je tombe rarement en désaccord avec toi. Pour preuve, un extrait de mon dernier opus, à paraître:

"– Bon ben c’est un banquier américain qui se balade dans un petit village malgache. Il rencontre un pêcheur qui revient au port avec quelques poissons, et il le félicite pour sa pêche. Puis il lui demande combien de temps il lui a fallu pour attraper tout ça. Oh pas beaucoup, lui dit le pêcheur. Mais alors pourquoi vous êtes pas resté en mer plus longtemps? Vous auriez attrapé plus de poisson. Pas besoin, répond le Malgache, ces poissons-là suffisent amplement pour moi et ma famille. Et le reste du temps, vous faites quoi? demande le Ricain. Je fais la grasse matinée, je joue avec mes enfants, je fais la sieste, je m’occupe de ma femme. Le soir je vais au village voir mes amis. On boit du betsa-betsa et on joue au valiha. J’ai une vie bien remplie. Le banquier lui explique que lui, il est diplômé d’Harvard et qu’il peut l’aider à mieux s’organiser. Déjà, qu’il lui dit, vous devriez sortir plus longtemps en mer, ça vous ferait plus de poisson et vous pourriez en revendre une partie. Avec les bénéfices, vous achetez un bateau plus gros, ce qui vous permet de pêcher encore plus, d’employer des pêcheurs et d’acheter d’autres bateaux. Comme vous aurez plus de moyens, au lieu de vendre votre poisson à un intermédiaire vous pourrez négocier directement avec une usine à l’étranger, et même ouvrir votre propre usine. Vous pourrez vivre à la capitale, puis à Londres ou New York pour diriger vos affaires. Le Malgache demande alors combien de temps ça prendrait pour faire tout ça. Pas plus de quinze ou vingt ans, lui dit le banquier. Et après, je ferai quoi? demande le pêcheur. Après? C’est là que ça devient intéressant. Vous mettez votre société en bourse et vous gagnez des millions… Des millions? demande le pêcheur, mais j’en ferai quoi? Ben vous pourrez prendre une retraite méritée, dit le banquier. Et habiter dans un petit village, faire la grasse matinée, jouer avec vos petits-enfants, faire la sieste avec votre femme et boire un coup avec vos copains. Le rêve…"

Comme quoi, les sous ne font pas tout, comme dit l'adage popu.

A+

Écrit par : El Cosaco | 19 septembre 2011

Le plus riche des deux, dans cette histoire, est sans doute celui qui peut s'offrir son rêve sans attendre quinze ou vingt ans. Mais heureusement, la divine providence (rebaptisée le Marché par ceux qui tutoient dieu le père) veille au grain!
Suite de l'histoire : L'irresponsable pêcheur sera bientôt condamné pour exercice illicite de la pêche dans des eaux dont la concession exclusive aura été donnée au banquier, et il n'aura plus d'autre ressource, s'il veut continuer à se nourrir et à nourrir sa famille, que de s'embaucher sur un des bateaux dudit banquier où, après avoir travaillé comme un esclave (pléonasme?) quinze heures ou plus par jour, il gagnera tout juste de quoi lui acheter un demi-poisson sec qu'il rongera le soir avec sa femme tandis que leurs enfants iront faire les poubelles pour trouver un dessert.
On appelle ça le dessein intelligent...

Écrit par : Chabin | 20 septembre 2011

Ouaip, mais t'es pas drôle, comme mec... Moi j'en ai une autre, de suite:
Alors le banquier, devenu omniprésent et incontournable sur le marché de la pêche, exploite comme une ordure (pléonasme?) les péquenots locaux en leur payant un salaire de merde (pléonasme?) leurs quinze heures de turbin journalier. Le pêcheur merdouille dans sa cahute misérable et le banquier crapahute dans ses coussins de brocart farcis à la plume de trou de balle de dragon cendré. La morale de cette historiette pourrait donc être saine et respectueuse des traditions séculaires qui nous gouvernent, sauf que voilà-t-y pas le dollar qui se met à battre de l'aile aussi vélocement qu'un supersonique atteint de turista. La banque Faillitestein-Banquerouteman-Déconfitureberg dépose son bilan et tandis que ses cadres se trissent dans un paradis tropical avec la caisse, faut ce qu'y faut, notre banquier ricain plonge allègrement dans les affres d'une andropause financière qui sent déjà le sapin asphalté. Pris à la gorge par ses anciens pairs, rongé par un gentil petit cancer qui pointe son nez bien à propos, trahi par ses alliés de l'UMP et d'Obamaland, rejeté par ses ouailles, négationné par ses propres lardons, il doit revendre au prix du yaourt pas même bulgare son empire piscicole et autres biens attenant. Dans ce paysage apocalypto-mondialeux, le petit pêcheur fait désormais bien pâle figure. Privé de son unique source de revenu, le voilà abandonné par son patron paternaliste que j'en larmaleuille rien qu'à le dire. Rendu à sa sordide existence d'avant les fastes de l'ère moderne, il est obligé de retourner pêcher la poiscaille dans sa barque vermoulue mais qui flotte toujours. Et le soir, au coin du feu sur la plage, entouré de ses bambins colorés et de sa femme aux seins lourds (mais fermes), devant une bouteille de rhum local et une platée de riz sauvage saupoudré d'épices odorantes et généreusement mêlé des filets soyeux de sa pêche du jour, il repense à sa belle aventure trop vite noyée dans l'oeuf...

Écrit par : El Cosaco | 20 septembre 2011

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