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28 mars 2012

Prostitution

La prostitution comme commerce équitable

 

On parle beaucoup de prostitution ces jours-ci, la Cour d'appel de l'Ontario venant de confirmer le verdict de la Cour supérieure de cette même province qui invalidait certains articles de la loi canadienne sur la prostitution. Et comme toujours quand on parle beaucoup, on dit beaucoup de conneries, et on mélange un peu tout. Entre autres, prostitution et proxénétisme.

La confusion semble pourtant difficilement possible. Le proxénétisme est à la prostitution ce que l'esclavage est à l'artisanat. Pas besoin de lunettes.

Alors pourquoi condamne-t-on si souvent la prostitution et beaucoup moins le proxénétisme? C'est que la pratique de la prostitution est contraire aux principes du néolibéralisme. Que fait une prostituée[1], sinon tirer profit de son propre corps (qui lui appartient, non?) Ce corps, elle ne l'a pas volé, elle ne l'a pas acheté, elle ne l'a pas loué. Elle ne l'a extorqué à personne. Il est à elle, rien qu'à elle, quand bien même elle ne posséderait rien d'autre. Le corps de la prostituée est son outil de travail, il lui appartient et elle n'enlève rien à autrui en s'en servant comme bon lui semble.

Il y a de quoi faire frémir tant les conservateurs que les libéraux. Où va-t-on si chacun ou chacune peut disposer de lui ou d'elle-même? C'est l'anarchie. En revendiquant la possession libre et entière d'elle même, la prostituée refuse d'être la propriété d'un autre, l'outil d'un autre, la source de profit d'un autre : elle refuse le principe même du néolibéralisme.

C'est pourquoi États et gouvernements lui en veulent à mort depuis autant de siècles. Le libéralisme économique – qui n'est que la désignation politiquement correcte du proxénétisme (tirer profit de l'autre, l'asservir, le déshabiller, le saigner…) – voit d'un mauvais œil une de ses proies lui échapper.

Le proxénétisme, ainsi défini,  est un crime contre l'humanité.

Et la prostitution la forme la plus authentique du commerce équitable.



[1]L'emploi du féminin dans le texte ne vise qu'à l'alléger, et ce sans préjudice à l'égard des hommes.

21 mars 2012

À quoi ça sert de savoir lire?

 

C'est une des questions que j'ai l'habitude de poser aux élèves quand j'anime des rencontres d'auteur dans des écoles secondaires, surtout lorsque je viens de leur affirmer que, si les adultes ne lisent pas, ce n'est pas parce qu'ils n'ont pas le temps, c'est parce qu'ils ne savent pas.

Les réponses sont toujours les mêmes. Après un moment d'hésitation, voire d'incrédulité, quelques-uns me sortent les mêmes clichés :

— Ça sert à faire passer le temps.

— Ça sert à avoir du vocabulaire.

— Ça sert à s'instruire.

Bien sûr, bien sûr… Puis, après les avoir fait se creuser la tête un peu plus (sans succès), je leur donne la bonne réponse :

— Savoir lire, ça sert à ne pas se faire fourrer.

Là, je sens que mes ados sont piqués. (Les profs aussi, d'ailleurs). Ils s'interrogent. Les têtes se relèvent, les regards s'ajustent, les pieds cessent de gigoter. Puis je leur demande si, eux, ils savent lire. Réponse affirmative, en général.

— OK. On va faire un test.

Je leur cite l'article 40 de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne :

«Toute personne a droit, dans la mesure et suivant les normes prévues par la loi, à l'instruction publique gratuite.»

Question : que signifie cette phrase?

La réponse est invariable. Tous répondent que ça veut dire que l'instruction est gratuite.

— Vous êtes sûrs?

Ils ont l'air…

Je leur fais alors remarquer que le gouvernement du Québec vit dans l'illégalité la plus flagrante puisque l'éducation n'est manifestement pas gratuite (on en parle beaucoup en ce moment). Que signifie donc vraiment l'article 40 de la Charte?

Perplexité…

Alors j'enfonce le clou.

— Vous ne savez pas lire. Vos parents ne savent pas lire. Vous êtes capables de déchiffrer une phrase, d'en prononcer des mots, mais vous ne comprenez pas ce que vous lisez. Et si vous n'apprenez pas à lire, vous vous ferez fourrer, comme vos parents se font fourrer, comme vos ancêtres se font fait fourrer pendant des siècles, comme vos enfants se feront fourrer après vous. Parce qu'on peut vous dire n'importe quoi, vous le croirez sans même vous donner la peine de réfléchir à ce que ça signifie réellement.

«L'élément important dans l'article 40, c'est la deuxième partie de la phrase, qui prive totalement de sens la troisième. L'article 40 signifie que l'instruction publique est gratuite… sauf quand la loi stipule qu'elle ne l'est pas. C'est-à-dire quand un gouvernement décide qu'il en sera ainsi. En fait, l'article 40 de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne ne veut RIEN dire.

«De même que ne veulent rien dire les discours dont on va vous abreuver, dont on abreuve vos parents, dont on a abreuvé vos ancêtres, et que pourtant tous ces gens on gobé sans sourciller parce qu'ils ne savaient pas lire.

Et c'est ainsi que les Québécois (et combien d'autres!) se font fourrer par des politiciens qui leur racontent n'importe quoi, qui leur font croire qu'ils les enrichissent alors qu'ils n'enrichissent qu'eux-mêmes, qu'ils enrichissent leur pays alors qu'ils le vendent à des prix dérisoires, qu'ils s'occupent de leur santé et de leur éducation alors qu'ils ne financent que des flics et des avions de chasse. Comparez les budgets. Il est vrai qu'il est plus facile de gouverner avec des flics qu'avec de l'éducation : les gens éduqués sont moins faciles à tromper…

 

Un enseignant, à la fin de ma présentation, m'a un jour fait remarquer : «Je pensais que vous alliez plutôt essayer vendre vos livres».

Sans doute, sans doute, lui ai-je répondu… Mais avant de vendre des livres, il faut voir à ce qu'il y ait des lecteurs…

 

 

18 mars 2012

Le néolibéralisme expliqué aux enfants

Culturez vos enfants!

Plutôt que de leur foutre des baffes, pourquoi ne pas leur offrir un livre? Ils se tiendront tranquilles un moment et, en plus, ils apprendront peut-être quelque chose que vous n'avez jamais vraiment compris vous-mêmes, bien qu'on se tue à essayer de vous l'expliquer.

D'accord, des essais d'Alain Deneault, de Catherine Mavrikakis ou de Normand Baillargeon, ça risque de les laisser perplexes, surtout s'ils ont moins de 10 ans. Alors pourquoi ne pas essayer Malourène et les trois petits cochons? Une charmante tentative d'expliquer le néolibéralisme aux enfants, avec des dessins et des phrases pas compliquées. Même vous, vous comprendrez…

 

 néolibéralisme, trois petits cochons, grand méchant loup, éducation

 

En vente dès avril chez tous les bons libraires, et même chez les mauvais. Ça ne se refuse pas…

 

http://editionsmichelquintin.ca/livre/malourene-et-les-trois-petits-cochons