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05 juin 2012

Thomas Bernhard sur l'éducation

À quoi reconnaît-on les textes des grands auteurs? Ils ne vieillissent pas.

Voici un extrait de Maîtres anciens, valable encore ici et maintenant :

L'État pense, les enfants sont les enfants de l'État, et agit en conséquence, et depuis des siècles il exerce son action dévastatrice. C'est en vérité l'État qui engendre les enfants, il ne naît que des enfants de l'État, voilà la vérité. Il n'y a pas d'enfant libre, il n'y a que l'enfant de l'État, dont l'État peut faire ce qu'il veut, l'État met les enfants au monde, on fait seulement croire aux mères qu'elles mettent les enfants au monde, c'est du ventre de l'État que sortent les enfants, voilà la vérité. Chaque année, par centaines de milliers, sortent du ventre de l'État des enfants de l'État, voilà la vérité. Les enfants de l'État, mis au monde par le ventre de l'État, vont à l'école de l'État où ils sont pris en charge par les professeurs de l'État. L'État enfante ses enfants dans l'État, voilà la vérité, l'État enfante ses enfants d'État dans l'État et ne les lâche plus. Où que nous regardions, nous ne voyons que des enfants de l'État, des élèves de l'État, des travailleurs de l'État, des fonctionnaires de l'État, des vieillards de l'État, des morts de l'État, voilà la vérité. L'État ne produit et ne permet l'existence que de créatures de l'État, voilà la vérité. Il n'y a plus d'homme naturel, il n'y a plus que l'homme de l'État, et là où l'homme naturel existe encore, on le traque et on le persécute à mort et/ou on en fait un homme d'État.

Thomas Bernhard, Maîtres anciens, 1985

 

Commentaires

J'ai lu Le Neveu de Wittgenstein du même auteur c'est pas mal dans le même ton.

Écrit par : Guy | 15 décembre 2012

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