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23 mai 2014

Volodine, 3

«Maintenant, écoutez-moi bien. Je ne plaisante plus. Il ne s'agit pas de déterminer si ce que je raconte est vraisemblable ou non, habilement évoqué ou pas, surréaliste ou pas, s'inscrivant ou non dans la tradition post-exotique, ou si c'est en murmurant de peur ou en rugissant d'indignation que je dévide ces phrases, ou avec une tendresse infinie envers tout ce qui bouge, et si on distingue ou non, derrière ma voix, derrière ce qu'il est convenu d'appeler ma voix, une intention de combat radical contre le réel ou une simple veulerie schizophrène en face du réel, ou encore une tentative de chant égalitariste, assombrie ou non par le désespoir et le dégoût devant le présent ou devant l'avenir. Là n'est pas la question. […] Il ne s'agit absolument pas de cela. Je ne fournis ici aucune matière destinée à ce genre de spéculation. Je ne fais preuve ici d'aucun parti pris poétique de décalage ou de travestissement magicien ou métaphorique du monde. Je parle la langue d'aujourd'hui et nulle autre. Tout ce que je raconte est vrai à cent pour cent, que je le raconte de façon partielle, allusive, prétentieuse ou barbare, ou que je tourne autour sans le raconter vraiment. Tout a eu lieu exactement comme je le décris, tout s'est déjà produit ainsi à un moment quelconque de votre vie ou de la mienne, ou aura lieu plus tard, dans la réalité ou dans nos rêves. En ce sens, tout est très simple. Les images parlent d'elles-mêmes, elles sont sans artifice, elles n'habillent rien de plus qu'elles-mêmes et ceux qui parlent…»

 

Ce texte, extrait de Des anges mineurs, d'Antoine Volodine, résume tout ce à quoi je peux prétendre en tant qu'écrivain – rien de plus, rien de moins. Je n'ai pas changé une virgule, je n'ai rien à ajouter.

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