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02 octobre 2014

Police scientifique

Un ami, ancien flic et qui sait de quoi il parle (parce qu'il n'était pas chargé, lui, de faire chier les piétons qui traversent en dehors des clous ou de poivrer la figure des étudiants ou des gratteux de guitare), me signalait récemment qu'en France, la Loi organique des finances publiques demande aux fonctionnaires, y compris aux flics, d'être rentables. On calcule donc leur coût de revient, qu'on compare ensuite à ce qu'ils rapportent. (La même démarche existe ici, notons-le au passage, dans les domaines de l'éducation ou de la santé : vous n'êtes pas là pour être guéris ou éduqués, mais pour payer!)

En ce qui concerne la police, cependant, on en est encore au stade artisanal, statistiques journalières, paperasses, rapports, etc. Mais sans doute on approche de l'époque où des logiciels permettront de déterminer en quelques secondes si la plainte déposée par une victime vaut la peine d'être traitée ou non en fonction des dépenses à engager. La police pourra alors se targuer d'être vraiment scientifique…

Côté avantages, sachant ce que coûte la lutte contre la drogue pour des résultats dérisoires, celle-ci se retrouvera donc tôt ou tard en vente libre. Et taxée. La liberté du commerce, tout de même…

Côté inconvénients, pour ne pas changer, c'est encore le vulgum pecus qui se retrouvera seul pour payer l'addition. Pas de temps à perdre avec les proxénètes, les détourneurs de fonds, les vautours de la finance, les escrocs gouvernementaux ou les mafias de tout poil : la longueur des procédures, leur insuccès chronique et leur coût exorbitant assureront l'impunité définitive de ces spécialistes du crime qui ont les moyens de se payer et les avocats et le juge.

En revanche, comment ils vont tomber, les flics, sur les piétons qui traversent une rue déserte au mépris du petit bonhomme rouge qui leur indique pourtant que c'est interdit! Comment ils vont verbaliser les dépassements de 5 km à l'heure sur l'autoroute, les motos mal garées, les mémères à chien qui crotte! Comment ils vont se jeter sur les bistrots qui ne javellisent pas leurs verres toutes les cinq minutes, sur les éleveurs de poules qui laissent leur volaille picorer en liberté, sur les ruraux empoisonneurs qui font du fromage au lait cru ou des confitures avec des fruits qui poussent dehors! Comment ils vont fermer leur gueule aux journalistes, chroniqueurs, romanciers, chercheurs ou contestataires qui persistent encore à l'ouvrir!

Le calcul est élémentaire. Mieux vaut cent mille petits payeurs innocents et dépourvus de pouvoir mais qui craquent rien qu'à voir un uniforme que quinze gros pourris jusqu'à la moelle, voleurs, prévaricateurs, assassins à qui on ne pourra jamais faire cracher un sou. D'un point de vue scientifique, c'est irréfutable.

Mais, comme ajoutait cet ami, ne désespérons pas, le pire reste à venir…

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