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03 novembre 2014

Lutte au terrorisme

La lutte au terrorisme revient à la mode ces temps-ci. Ou, plus exactement, l'expression «lutte au terrorisme». Sous le déluge de «lutte à la pauvreté», de «lutte au cancer» ou de «lutte à l'intolérance», j'avais fini par m'habituer à l'emploi massif de ces expressions fautives – les journalistes étant la plupart du temps aussi incultes que les politiciens dont ils ne sont que les porte-parole.

On peut lutter contre quelque chose (le terrorisme, la pauvreté ou n'importe quoi d'autre), mais on ne lutte pas à. Me disais-je. Et pourtant si. On peut lutter à. Lutter à armes égales, par exemple, lutter à mains nues, lutter à l'arme blanche. Mais la préposition à désigne ici le moyen et non l'objet, tout comme dans les expressions «pêche à la ligne» ou «combat au sabre».

Expression fautive, donc; français d'opérette, croyais-je. Pourtant, en y regardant de plus près, on s'aperçoit que la faute n'est pas si innocente que ça. Elle est profondément révélatrice de la pensée réelle (si je puis m'exprimer ainsi) de celui qui la commet. L'erreur, en fait, consisterait plutôt à croire, bien naïvement, que la lutte au terrorisme ou la lutte à la pauvreté sont respectivement la lutte contre le terrorisme ou la lutte contre la pauvreté.

Ce n'est pas le cas. Ici, le terrorisme ou la pauvreté ne sont pas ce contre quoi on lutte, mais ce au moyen de quoi on lutte. Le terrorisme est pour l'État le moyen spectaculaire de justifier la totalitarisation de la surveillance, de la restriction des libertés individuelles, de la mise sur écoute des populations. De même que la pauvreté des uns est la condition nécessaire de l'accumulation de la richesse par les autres.

Quand on parle de lutte au terrorisme, ce qu'il faut comprendre, c'est donc bien que l'État utilise le terrorisme (vrai ou inventé, peu importe) pour faire accepter à la population le développement des moyens de répression ou de surveillance, mais qu'il ne fait rien pour le décourager, bien au contraire. Sans le terrorisme, comment ferait-il avaler au public la grenouillesque boursouflure de ses budgets militaire et policier? De la même manière, comprenons que la lutte à la pauvreté vise surtout à maintenir les pauvres en vie – et dans cet état – afin qu'ils puissent continuer d'engraisser ceux qui les exploitent.

Lutte au terrorisme? À la pauvreté? Les expressions ne sont pas fautives. Mais ce qui se cache derrière l'est, sans aucun doute.

13:39 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

Il semble que « la lutte au » dans ce sens révélateur soit une tournure québécoise. Cela me rappelle un autre glissement insidieux dans l’emploi des prépositions chez un ministre qui parlait de la lutte pour l’alcool au volant ou encore de la lutte contre la sécurité routière…

Écrit par : Marie-Anne CHABIN | 03 novembre 2014

En effet, je n'ai entendu cette tournure (lutte au...) nulle part ailleurs. C'est sans doute une spécialité québécoise. En revanche, la lutte pour l'alcool au volant ou contre la sécurité routière, c'est vraiment «tout bon»...

Écrit par : Chabin | 03 novembre 2014

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