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25 juin 2012

Pourquoi les pauvres sont sales

D'abord, il ne faut pas dire que les pauvres sont sales, ce serait mal. Alors ne le disons pas. Mais, sans rien dire, regardons. Ça saute aux yeux : là où il y a pauvreté, il y a crasse. Traversez une rue, passez d'un quartier pauvre à un quartier riche, et vous passez de la saleté à la propreté (quand bien même cette propreté-là ne serait que pure hypocrisie – il s'agit là d'un autre problème). C'est une constatation, triste, sans doute, mais exempte de mépris comme de jugement. Des faits.
Pourquoi?
On a beau chercher, on ne trouve pas de réponse. De réponse logique, en tout cas. Il n'existe aucune raison pour que la pauvreté induise la saleté. Or, s'il n'y a pas de réponse, c'est qu'il n'y a pas de question (merci Desnos). Ou que la question est autre.
La corrélation entre pauvreté et saleté est pourtant flagrante. Mais, si la corrélation entre deux états est réciproque, la relation de causalité qu'elle peut impliquer ne fonctionne, elle, que dans un seul sens. Il suffit de découvrir ce sens. Pas compliqué, il n'y en a que deux. Si ce n'est pas l'un, c'est l'autre. La bonne question à se poser apparaît alors évidente, et ce n'est plus «pourquoi les pauvres sont-ils sales?», mais «pourquoi les sales sont-ils pauvres?»
Dès lors, tout devient clair.
Est sale celui qui se méprise lui-même et méprise son environnement; est sale celui qui ne veut accepter aucune responsabilité à propos de son corps, qu'il soit physique ou social; est sale celui qui abdique devant ce qu'il croit être une fatalité mais n'est que le résultat de son abdication, de son impuissance acceptée face à lui-même et face à son environnement. Et celui-là a toutes les chances de rester pauvre.
On parle d'ignorance crasse, mais la crasse précède l'ignorance.
S'il n'y aucune raison pour que les pauvres soient sales, il y en a beaucoup pour que les sales soient pauvres.
CQFD.

05 juin 2012

Thomas Bernhard sur l'éducation

À quoi reconnaît-on les textes des grands auteurs? Ils ne vieillissent pas.

Voici un extrait de Maîtres anciens, valable encore ici et maintenant :

L'État pense, les enfants sont les enfants de l'État, et agit en conséquence, et depuis des siècles il exerce son action dévastatrice. C'est en vérité l'État qui engendre les enfants, il ne naît que des enfants de l'État, voilà la vérité. Il n'y a pas d'enfant libre, il n'y a que l'enfant de l'État, dont l'État peut faire ce qu'il veut, l'État met les enfants au monde, on fait seulement croire aux mères qu'elles mettent les enfants au monde, c'est du ventre de l'État que sortent les enfants, voilà la vérité. Chaque année, par centaines de milliers, sortent du ventre de l'État des enfants de l'État, voilà la vérité. Les enfants de l'État, mis au monde par le ventre de l'État, vont à l'école de l'État où ils sont pris en charge par les professeurs de l'État. L'État enfante ses enfants dans l'État, voilà la vérité, l'État enfante ses enfants d'État dans l'État et ne les lâche plus. Où que nous regardions, nous ne voyons que des enfants de l'État, des élèves de l'État, des travailleurs de l'État, des fonctionnaires de l'État, des vieillards de l'État, des morts de l'État, voilà la vérité. L'État ne produit et ne permet l'existence que de créatures de l'État, voilà la vérité. Il n'y a plus d'homme naturel, il n'y a plus que l'homme de l'État, et là où l'homme naturel existe encore, on le traque et on le persécute à mort et/ou on en fait un homme d'État.

Thomas Bernhard, Maîtres anciens, 1985

 

30 mai 2012

Écrire l'histoire

Vu ce titre prometteur dans la presse récemment : Écrire l'histoire ! Je me précipite. Les étudiants en grève viennent-ils de faire tomber le gouvernement ? Les travailleurs du Canadien Pacifique, bravant la loi spéciale (encore une !), ont-ils paralysé le pays ? Un nouveau sondage donne-t-il l'indépendance du Québec gagnante à 80 % ?

Ne rêvons pas. Le réveil serait trop douloureux. Le journal nous apprenait tout simplement qu'un Canadien a enfin gagné une course cycliste européenne. Il y a des peuples qui écrivent l'histoire en abattant leurs tyrans, en se libérant de leurs oppresseurs ou en inventant la démocratie. Les Canadiens écrivent la leur en faisant du vélo…

Pauvre pays, pauvres ambitions, pauvres nouvelles. Du pain et des jeux, encore une fois. Ça ne date pas d'hier. Ça me rappelle aussi ce slogan de Charlie, dans les années 70 : «La publicité vous prend pour des cons, la publicité vous rend cons». Ça n'a pas changé. On peut même remplacer «la publicité» par à peu près n'importe quoi : la radio, la télé, un quelconque premier ministre… Jusqu'au téléphone, qui est devenu intelligent parce que vous ne l'êtes plus assez…

Tiens, Noam Chomsky a encore raison : 

http://globalpresse.wordpress.com/2012/05/19/5963/