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21 mars 2012

À quoi ça sert de savoir lire?

 

C'est une des questions que j'ai l'habitude de poser aux élèves quand j'anime des rencontres d'auteur dans des écoles secondaires, surtout lorsque je viens de leur affirmer que, si les adultes ne lisent pas, ce n'est pas parce qu'ils n'ont pas le temps, c'est parce qu'ils ne savent pas.

Les réponses sont toujours les mêmes. Après un moment d'hésitation, voire d'incrédulité, quelques-uns me sortent les mêmes clichés :

— Ça sert à faire passer le temps.

— Ça sert à avoir du vocabulaire.

— Ça sert à s'instruire.

Bien sûr, bien sûr… Puis, après les avoir fait se creuser la tête un peu plus (sans succès), je leur donne la bonne réponse :

— Savoir lire, ça sert à ne pas se faire fourrer.

Là, je sens que mes ados sont piqués. (Les profs aussi, d'ailleurs). Ils s'interrogent. Les têtes se relèvent, les regards s'ajustent, les pieds cessent de gigoter. Puis je leur demande si, eux, ils savent lire. Réponse affirmative, en général.

— OK. On va faire un test.

Je leur cite l'article 40 de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne :

«Toute personne a droit, dans la mesure et suivant les normes prévues par la loi, à l'instruction publique gratuite.»

Question : que signifie cette phrase?

La réponse est invariable. Tous répondent que ça veut dire que l'instruction est gratuite.

— Vous êtes sûrs?

Ils ont l'air…

Je leur fais alors remarquer que le gouvernement du Québec vit dans l'illégalité la plus flagrante puisque l'éducation n'est manifestement pas gratuite (on en parle beaucoup en ce moment). Que signifie donc vraiment l'article 40 de la Charte?

Perplexité…

Alors j'enfonce le clou.

— Vous ne savez pas lire. Vos parents ne savent pas lire. Vous êtes capables de déchiffrer une phrase, d'en prononcer des mots, mais vous ne comprenez pas ce que vous lisez. Et si vous n'apprenez pas à lire, vous vous ferez fourrer, comme vos parents se font fourrer, comme vos ancêtres se font fait fourrer pendant des siècles, comme vos enfants se feront fourrer après vous. Parce qu'on peut vous dire n'importe quoi, vous le croirez sans même vous donner la peine de réfléchir à ce que ça signifie réellement.

«L'élément important dans l'article 40, c'est la deuxième partie de la phrase, qui prive totalement de sens la troisième. L'article 40 signifie que l'instruction publique est gratuite… sauf quand la loi stipule qu'elle ne l'est pas. C'est-à-dire quand un gouvernement décide qu'il en sera ainsi. En fait, l'article 40 de la Charte québécoise des droits et libertés de la personne ne veut RIEN dire.

«De même que ne veulent rien dire les discours dont on va vous abreuver, dont on abreuve vos parents, dont on a abreuvé vos ancêtres, et que pourtant tous ces gens on gobé sans sourciller parce qu'ils ne savaient pas lire.

Et c'est ainsi que les Québécois (et combien d'autres!) se font fourrer par des politiciens qui leur racontent n'importe quoi, qui leur font croire qu'ils les enrichissent alors qu'ils n'enrichissent qu'eux-mêmes, qu'ils enrichissent leur pays alors qu'ils le vendent à des prix dérisoires, qu'ils s'occupent de leur santé et de leur éducation alors qu'ils ne financent que des flics et des avions de chasse. Comparez les budgets. Il est vrai qu'il est plus facile de gouverner avec des flics qu'avec de l'éducation : les gens éduqués sont moins faciles à tromper…

 

Un enseignant, à la fin de ma présentation, m'a un jour fait remarquer : «Je pensais que vous alliez plutôt essayer vendre vos livres».

Sans doute, sans doute, lui ai-je répondu… Mais avant de vendre des livres, il faut voir à ce qu'il y ait des lecteurs…

 

 

18 mars 2012

Le néolibéralisme expliqué aux enfants

Culturez vos enfants!

Plutôt que de leur foutre des baffes, pourquoi ne pas leur offrir un livre? Ils se tiendront tranquilles un moment et, en plus, ils apprendront peut-être quelque chose que vous n'avez jamais vraiment compris vous-mêmes, bien qu'on se tue à essayer de vous l'expliquer.

D'accord, des essais d'Alain Deneault, de Catherine Mavrikakis ou de Normand Baillargeon, ça risque de les laisser perplexes, surtout s'ils ont moins de 10 ans. Alors pourquoi ne pas essayer Malourène et les trois petits cochons? Une charmante tentative d'expliquer le néolibéralisme aux enfants, avec des dessins et des phrases pas compliquées. Même vous, vous comprendrez…

 

 néolibéralisme, trois petits cochons, grand méchant loup, éducation

 

En vente dès avril chez tous les bons libraires, et même chez les mauvais. Ça ne se refuse pas…

 

http://editionsmichelquintin.ca/livre/malourene-et-les-trois-petits-cochons

 

 

11 mars 2012

Fellation

Émoi hier sur les ondes de Radio-Canada – et dans la presse –, à propos d'un concours de (fausse) fellation organisé par un bar de Laval. Et, ça ne rate pas, on nous ressert ce vieil épouvantail cureton et post-cureton de l'avilissement, de la disgrâce, de la honte face à tout ce qui a trait aux pratiques sexuelles.

La fellation, pour la journaliste qui rapporte l'information, est dégradante pour la femme et sa représentation est scandaleuse. Son confrère, pour ne pas être en reste, réplique avec vigueur (sans doute pour ne pas passer pour un infect macho) que la fellation est tout aussi dégradante pour l'homme qui s'y soumet. Il ajoute même que jamais on ne verrait une vidéo montrant un homme pratiquer un cunnilingus…

Mais pincez-moi! Je rêve, je cauchemarde! J'hallucine! Les curés sont de retour! Déjà?

Passons sur l'hypocrisie et l'incompétence habituelles des journalistes qui ne savent ni de quoi ils parlent ni comment en parler, mais comment peut-on encore, au XXIe siècle, dans ce pays, parler de honte, d'avilissement ou de dégradation chaque fois qu'il est question du plaisir sexuel? En quoi la fellation, libre et consentie, est-elle de quelque manière que ce soit dégradante? Et pour qui? Ces journaleux bien pensants ont-ils déjà sucé, se sont-ils déjà fait sucer? Je ne leur souhaite pas de crever, ils sont déjà morts, déjà rendus dans le paradis aseptisé, insipide, inodore de toutes ces vieilles déités barbues qui ne les aiment que crucifiés, brûlés ou démembrés…

Frères humains qui en même temps que nous vivez, tuez vos curés et faites sauter les caleçons!

Vivez heureux, sucez-vous les uns les autres!