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19 juillet 2011

Putain/Écrivain

Quelqu'un m'a récemment demandé ce que signifiait, dans la notice biographique publiée à mon sujet par mon éditeur Coups de tête, la phrase suivante : Il exerce le métier de prostitué mais, au lieu de vendre son cul, il vend son âme – ce qui est d'ailleurs beaucoup moins honnête car c'est un marché de dupes.

Cette phrase, comme tout slogan publicitaire – et, de façon plus générale, comme tout discours portant sur les échanges commerciaux –, ne va bien évidemment guère au-delà du simple tour de passe-passe, et ce pour plusieurs raisons :

• D'abord, prostitués et prostituées ne vendent pas leur cul, ils le louent. On aura beau dire, on aura beau faire, les putains demeurent toujours propriétaires de leur cul – qui, comme le droit d'auteur, est inaliénable.

• Ensuite, je ne peux pas vendre ce que je ne possède pas (ce dont d'autres ne se privent pas, je sais, mais ça c'est une autre histoire). De toute façon, un écrivain ne saurait vendre quoi que ce soit : il n'est qu'un parasite inerme et accessoire sur le dos de la bête éditoriale, en dehors de toute transaction commerciale.

• Enfin, par définition, un marché est toujours de dupes, la loi du marché étant de faire du profit et le profit ne pouvant se créer d'un côté que s'il est équilibré par une perte de l'autre. Aucune opération commerciale, à ce titre, n'est plus ou moins honnête qu'une autre.

 

Au passage, notons qu'il existe une autre différence entre les putains et les écrivains : les putains ne peuvent pas mentir (leur cul est nu!); les écrivains, en revanche, ne font que ça. On voit de quel côté se situe l'honnêteté…

11:07 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0)

28 juin 2011

Sauvagerie interdite

Libres… de faire le bon choix

 

Les démocraties bien rodées se flattent de garantir la liberté à leurs citoyens. Oui, bien sûr… Encore faut-il s'entendre sur ce qu'est la liberté – et là je ne parle pas de celle de voler (comme un oiseau ou non), de tuer un type qui a une gueule qui ne nous revient pas ou de faire interdire la piscine municipale aux cochons de payants de l'autre sexe le jour où on va y tremper le sien. Il est question, ici, de la liberté de vivre à sa guise, quand bien même ce serait à l'écart de la société, et sans gêner autrui.

Une anecdote survenue en Martinique ces dernières années et jugée récemment (Compte-rendu d'audience dans France-Antilles du 9 juin 2011) démontre pourtant que ce genre de comportement «libre» est interdit par la loi, alors même qu'il ne nuit à personne.

Un couple dans la cinquantaine, avec ses huit enfants, a décidé en 1999 de quitter la ville et d'aller vivre dans les bois, sur les hauteurs de Schœlcher (près de Fort-de-France). Vie en autarcie totale, à trois heures de marche de la «civilisation», jardin potager, quelques chèvres. On s'appellerait Thoreau qu'on aurait son nom dans le dictionnaire…

Mais on ne s'appelle pas Thoreau (on sait probablement à peine lire et écrire) et, en 2006, les services sociaux s'intéressent aux sauvages. Cependant, comme ils ne décèlent aucun dysfonctionnement grave, ils laissent pisser.

Ça aurait pu continuer. Mais, en 2008, les trois enfants les plus âgés sortent du bois et racontent l'histoire de la famille qui, relayée pas les médias, devient une histoire vraie (le temps qu'une autre histoire devienne vraie à son tour et relègue celle-ci aux oubliettes). Sauf que la Justice, cette fois, a eu le temps de s'en mêler. On a parlé de violence, de privations, de marijuana. On ne rit plus…

Or, après enquête, on s'aperçoit que la marie-jeanne n'est qu'un lointain souvenir et que les violences et sévices allégués ne sont pas retenus. Que faire? Relâcher les fauves dans le bois? Que non. Les juges ne sont pas payés à rien foutre. Les parents sont donc inculpés pour «soustraction sans motif légitime aux obligations légales des enfants», etc.

«Ces enfants ont été soustraits au droit de choisir librement ce que pourrait être leur vie», prétend le vice-procureur. Il réclame pour ce crime trois ans de prison pour la mère, cinq pour le père.

Là, on ne sait plus si on doit rire ou pleurer. Car on doit comprendre que si ces enfants, au lieu d'être élevés dans les bois, l'avaient été dans une cité surpeuplée de la banlieue de Fort-de-France (ou de Paris, de São Paulo ou de Manille) – et là, épargnons-nous les détails sordides, la littérature sur le sujet est assez abondante et facile à trouver –, ils auraient eu le «droit de choisir librement ce que pourrait être leur vie».

Le choix de vie? Oui, mais le bon choix. Le choix d'élever ses enfants pour qu'ils soient des esclaves obéissants – ou des assistés sociaux –, pour qu'ils se gavent de séries télé, pour qu'ils consomment de la merde qu'ils contribueront à produire pour le seul profit d'autres qu'ils ne voient jamais ou pour qu'ils s'empoisonnent de drogues légales et dûment taxées.

Voilà ce que statue ce procureur : on est libre de forger les chaînes qu'on va porter toute sa vie, mais pas de refuser ces chaînes.

Entendons-nous bien. Vivre dans les bois, je ne suis pas certain que ce soit meilleur que de vivre n'importe où ailleurs. J'en doute même (personnellement, la campagne m'emmerde). Mais qu'on interdise à qui que ce soit de le faire parce qu'alors on n'aurait plus le «droit de choisir librement ce que pourrait être sa vie», ça me paraît le comble de l'absurdité. La prison comme gage de la liberté…

Au trou, Thoreau! Au poteau!

18:58 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (9)

23 mai 2011

Céline à la télé

Sur UbuWeb encore, une entrevue de Céline par Louis Pauwels, tournée en 1961. Toujours d'actualité...

 

http://www.ubu.com/film/celine_television.html

 

07:12 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (0)