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28 avril 2012

Deux stylistes éblouissants

La littérature française – disons, plus être plus précis, de langue française – s'enlise depuis des dizaines d'années dans une fadeur, une mollesse, une anémie qui lui a fait quitter le devant d'une scène où elle s'imagine pourtant encore parader. Après Céline, après Guyotat, Calaferte ou quelques autres, on aurait pu croire que la littérature allait évoluer, comme évoluent normalement tous les arts. Et pourtant non. Même si certains se détachent du lot par leur propos (Volodine, par exemple, ou même Houellebecq), leur écriture demeure engluée dans le conformisme le plus tiède, faisant usage d'un langage dont le modèle vétuste se perd au début du siècle passé. Non seulement la littérature française n'a pas évolué, mais elle a régressé.

«Des histoires, disait en substance, Céline, il y en a plein les journaux, plein les cafés. Mais des styles, deux ou trois par génération, pas plus.» Deux ou trois par génération, il était optimiste, Ferdinand. Alors, quelle surprise et quel plaisir quand tout à coup apparaissent des romanciers qui savent manier la langue comme peu osent le faire, qui étayent la vigueur et l'originalité de leur propos par une langue débridée, libre, inventive, personnelle, actuelle! Des écrivains de leur temps et non plus des spectres sortis d'un placard sentant le moisi.

C'est le cas de deux auteurs publiés récemment aux éditions Coups de tête. Alain Ulysse Tremblay et Dynah Psyché. Noir Kassad (2012) et L'Ogresse (2011). Le Québec à l'avant-garde de la littérature française? Pourquoi pas…

 Noir Kassad - Alain Ulysse Tremblay

http://www.coupsdetete.com/index.php?id=52

 L'ogresse - Dynah Psyché

http://www.coupsdetete.com/index.php?id=42

 

 

27 janvier 2011

L'ennemi du peuple

Voici l'extrait d'un texte publié par Darien dans L'ennemi du peuple, en 1903, et qui est malheureusement toujours d'actualité aujourd'hui, tout au moins en Europe et en Amérique du Nord.

 

«Le peuple a des amis. Qu'il les garde! Ils sont généralement dignes de lui. Mais qu'il ait aussi ses ennemis, si indigne d'eux qu'il puisse être! – Je comprends qu'il soit l'ami d'un pauvre animal, d'un cheval ou d'un âne condamné aux plus durs labeurs, et sans défense, et muet. Je ne comprends pas qu'on puisse être, à notre époque, l'ami du peuple. L'abominable et tyrannique soumission populaire a pu avoir, jusqu'ici, des excuses : l'ignorance, l'impossibilité matérielle d'une lutte. Aujourd'hui, le peuple sait; il est armé. Il n'a plus d'excuses.»

Les chroniques de Darien dans L'ennemi du peuple ont été reprises en volume chez L'Âge d'homme, Lausanne, en 2009, sous le titre L'ennemi du peuple.

04:55 Publié dans Articles | Lien permanent | Commentaires (1)

03 janvier 2011

Un texte de Jean Dubuffet sur Céline

Ce texte est extrait de la contribution de Jean Dubuffet aux Cahiers de l'Herne (n° 5, 1965) sous le titre Céline pilote. Il est toujours d'actualité.

 

[…] On saisit bien j'espère ce que j'ai en vue en mentionnant la mystification que chevauche la littérature. La littérature est en retard de cent ans sur la peinture. Elle s'alimente depuis plusieurs siècles non pas aux données immédiates de la vie mais aux œuvres antérieures comme abeilles nourries au miel et non aux fleurs; elle est incoerciblement aimantée et polarisée par les œuvres antérieures. Le prestige de celles-ci est si fort qu'aucun écrivain, quand même il s'y efforce, ne parvient à s'en dépêtrer et retrouver l'état d'innocence que nécessite la création. La peinture a depuis longtemps fait sa révolution; la littérature – Céline seul mis à part – n'a pas fait la sienne. En dépit de variantes qui restent épidermiques (elles sont seulement de changer un peu la farce du pâté, elles sont de thématique et non de technique, de localisation et non d'étiage) la littérature est figée, prise en gelée. Par quiconque n'est très averti spécialiste une page contemporaine pourrait très facilement être attribuée à Voltaire ou Descartes. Faites seulement l'effort de comparer les différences qui séparent une peinture actuelle d'une de Raphaël et une page de Sartre d'une de Diderot et vous saisirez ce qu'il en est. La forme de la peinture a totalement changé; celle de l'écrire, à bien peu de choses près, est demeurée la même. Or c'est dans l'art la me qui détermine toute l'action de l'œuvre. À même forme même contenu. C'est de changer la forme qui provoque changement de contenu. La littérature s'imagine qu'importe sa pensée, non son corps; c'est l'optique chrétienne du corps et de l'esprit. Elle croit renouveler la pensée sans toucher au corps, qui lui semble dans l'affaire vase insignifiant, emballage. Erreur! Elle ne renouvelle rien du tout. C'est quand elle s'avisera de s'inventer de nouveaux corps (comme a fait la peinture) qu'elle verra ce que sont des positions d'esprit vraiment nouvelles et que son feu se rallumera.

 

 

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