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09 septembre 2015

Petit éloge de Facebook

Le fait que je n’aie pas de compte Facebook – et que je n’envisage pas d’en avoir – ne signifie nullement que je n’en apprécie pas les bons côtés. Car Facebook, je dois bien le reconnaître, est un outil merveilleux.

Personnellement, j’en tire profit de deux manières :

1) Facebook est une sorte de paratonnerre qui attire à lui les fonctions de surveillance autrefois dévolues aux voisins malveillants et jaloux, aux flics ou aux indics, taupes et autres mouchards. Facebook vous surveille et, surtout, vous comptabilise, mais sans vous emmerder puisqu’il suffit, si on ne veut pas qu’il le fasse, de ne pas s’y inscrire. L’œil de Sauron, à défaut de celui de Moscou, est tellement fixé sur lui qu’il ne voit plus rien d’autre. Il n’a même plus besoin de vous chercher puisque vous vous placez de vous-mêmes sous son bienveillant regard.

2) Facebook est aussi une sorte de purificateur d’air. Il nettoie votre atmosphère, retient la médiocrité, l’amalgame et la précipite (au sens chimique du mot), ce qui fait que votre blogue, votre ligne téléphonique ou votre service de messagerie électronique ne sont plus engorgés par les messages creux de vos faux amis (Yé! Wow! Berk! et autres billes de clown…). Facebook draine et avale sans discrimination les commentaires stupides, les pensées vides, les exclamations de néant, les carrés blancs sur fond blanc. Les imbéciles s’y jettent comme mouches sur papier collant. Résultat, il ne reste dans votre entourage que ce qui en vaut la peine : des amis pourvus d’un épiderme (ceux qui savent jouir comprendront…).

Facebook est, au bout du compte, un formidable filtre à cons.

J’aime…

04 juillet 2014

Arbeit macht frei

Aperçu l'autre jour, à la télé (dans un bar), un film publicitaire proclamant «Je suis un Canadien libre, libre de servir…». J'ai oublié la suite, mais peu importe (il s'agissait probablement d'un appel aux bénévoles émanant d'une quelconque agence gouvernementale recherchant des esclaves volontaires pour ne pas payer ses fonctionnaires). Ce qui m'a frappé, cependant, c'est expression : libre de servir… Servir (du latin servire, être esclave) signifie «être asservi». Comment peut-on se proclamer «libre d'être asservi»?

L'anecdote m'en a rappelé une autre, survenue à Calgary il y a quelques années.

Un panneau publicitaire, devant un pub du centre-ville, annonçait : Smoke Free Thursdays! Bon, m'étais-je dit, les jeudis, les familles sont chez elles et les fumeurs peuvent enfin sortir de l'ombre et fumer librement – tout au moins dans l'enceinte de ce pub bien accommodant. Ce mot, free, a toujours un petit air sympathique, il nous donne l'illusion que nous vivons dans un monde enfin débarrassé des tyrannies et des oppresseurs, même de ceux que nous n'inventons pas nous-mêmes.

Puis je me suis ravisé. Pourquoi le jeudi seul était-il libre? Les écoliers campent-ils devant ce pub tous les autres jours de la semaine? Étrange… Ayant réfléchi, j'ai enfin compris mon erreur. C'est que, habitué à appeler un chat un chat, je n'avais pas saisi l'évolution de la langue dans cette partie du monde – évolution vicieuse, sournoise, qui pense éradiquer le mal en cessant de le nommer ou en l'affublant de sobriquets inoffensifs. L'évidence m'a tout à coup sauté aux yeux. Free, ici, n'évoquait pas la liberté, mais bien le contraire. L'annonce voulait dire qu'il était INTERDIT de fumer les jeudis, non l'inverse. Mais, comme rien n'est interdit dans ce pays le plus libre du monde, il fallait bien trouver une astuce…

Et je me suis aussi souvenu de cette expression, que certains vieillards ayant survécu aux longs hivers d'Europe centrale se rappellent peut-être également : Arbeit macht frei

22 décembre 2013

Le père noël est une raclure - Conte de noël

En cette période de noël, où on ne peut plus mettre le nez dehors sans entendre en boucle et du matin au soir les mêmes rengaines de petits tambours, de clochettes, de bœufs et d'ânes, je m'en voudrais de ne pas participer à la liesse populaire. Je me suis donc fendu d'un petit conte de noël, histoire de bien montrer que je suis de mon temps. Ça aurait pu s'appeler Le père noël est une ordure, si le titre n'avait pas déjà été pris. Ce sera donc :

 

Le père noël est une raclure !

 

Pas content, qu'il est, le père noël. Pas pantoute! Pa piès! Salopards de Pakis! qu'il gueule. Veulent plus bosser à présent! Et qui c'est qui va me les faire, mes jouets, les Tchèques, peut-être? Les Roumains, les Malais? Les faces de citron? On a déjà essayé, figure-toi… Tous les mêmes! Les conditions de travail, ils disent. Des immeubles qui s'écroulent pas, qu'ils réclament, de la poussière sans amiante, de la peinture sans plomb… Et quoi encore? À manger! La semaine de 50 heures, pendant qu'on y est? Pas les moyens de les employer à mi-temps, moi. La pause pipi toutes les cinq heures? Z'ont qu'à pas boire. Leur flotte elle est immonde, d'ailleurs. Et c'est pas tout. Des congés payés, tant qu'à faire, des plans de retraite… Et renvoyer les mômes chez eux? Pour qu'ils aillent grossir les rangs des gangs de rue, merci bien!… Tout fout le camp. Les nègres veulent plus travailler, leurs gamins non plus… C'était bien la peine de leur apporter la civilisation, le progrès. Ça leur refait mal au cul de reconnaître qu'ils meurent plus en bas âge, leurs chiards. La preuve, je les fais bosser… Sous toutes les latitudes… United colors of  Benenike… Enfin, j'essaye… Mais un immeuble qui s'effondre, c'est une chaîne de montage en moins. Et c'est moi qui devrais payer? Alors que je leur donne déjà une raison de vivre? Elle est belle, l'économie! Ronald, Margaret! Reviendez! Ils vont me rendre fou!…

Et mes jouets, dans tout ça? Et mes petites têtes blondes qu'ont été bien sages et qui sont prêts à consommer? Vont jouer avec des poupées en crottin de cheval, peut-être? Vont percer leur poche pour se l'astiquer pendant la messe à la télé? On n'est pas des sauvages… Et puis j'aurai l'air de quoi, moi, dans ma galerie marchande, avec pas de jouets et mon nez rouge? Les lardons vont encore faire la gueule, me tirer la barbe, m'accuser de les toucher… Sales petits morveux, va. Et les parents qui vont en rajouter…  Valent pas mieux. Qu'ils crèvent, tous! Tout ça à cause de ces feignants d'outremer…

On devrait revenir aux vieilles méthodes, tiens. Les réserves, les camps. Arbeit macht frei! On avait de la morale, dans ce temps-là…

C'est dégoûtant. Je m'en vais me soûler la gueule, tiens…

Musique, jingle bells, petit papanoël, ram pam pam pam