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11 mars 2012

Fellation

Émoi hier sur les ondes de Radio-Canada – et dans la presse –, à propos d'un concours de (fausse) fellation organisé par un bar de Laval. Et, ça ne rate pas, on nous ressert ce vieil épouvantail cureton et post-cureton de l'avilissement, de la disgrâce, de la honte face à tout ce qui a trait aux pratiques sexuelles.

La fellation, pour la journaliste qui rapporte l'information, est dégradante pour la femme et sa représentation est scandaleuse. Son confrère, pour ne pas être en reste, réplique avec vigueur (sans doute pour ne pas passer pour un infect macho) que la fellation est tout aussi dégradante pour l'homme qui s'y soumet. Il ajoute même que jamais on ne verrait une vidéo montrant un homme pratiquer un cunnilingus…

Mais pincez-moi! Je rêve, je cauchemarde! J'hallucine! Les curés sont de retour! Déjà?

Passons sur l'hypocrisie et l'incompétence habituelles des journalistes qui ne savent ni de quoi ils parlent ni comment en parler, mais comment peut-on encore, au XXIe siècle, dans ce pays, parler de honte, d'avilissement ou de dégradation chaque fois qu'il est question du plaisir sexuel? En quoi la fellation, libre et consentie, est-elle de quelque manière que ce soit dégradante? Et pour qui? Ces journaleux bien pensants ont-ils déjà sucé, se sont-ils déjà fait sucer? Je ne leur souhaite pas de crever, ils sont déjà morts, déjà rendus dans le paradis aseptisé, insipide, inodore de toutes ces vieilles déités barbues qui ne les aiment que crucifiés, brûlés ou démembrés…

Frères humains qui en même temps que nous vivez, tuez vos curés et faites sauter les caleçons!

Vivez heureux, sucez-vous les uns les autres!

04 mars 2012

Dr Chimpanzé et Mr Bonobo

Dans la famille humaine – hominidienne, plutôt – il y a deux cousins germains et dissemblables qui nous renvoient chacun une image de nous-mêmes, ou de ce qui pourrait être nous-mêmes.

Le chimpanzé, d'une part, turbulent trublion qui mérite mieux que les autres le nom de «singe». Lequel singe l'autre, on ne le sait pas trop, mais le chimpanzé nous rappelle fortement quelqu'un : son comportement est agressif, il aime intimider, établir les limites de son territoire, imposer sa hiérarchie, exhiber sa puissance, exercer sa domination.

Le mouton noir de la famille, au contraire – le bonobo –, privilégie le contact apaisant, le principe de plaisir, les notions de consentement mutuel ou de don/réception, la sexualité comme mode de vie plutôt que comme pratique maladive et honteuse. Le bonobo cherche à éliminer le stress, il refuse la douleur plutôt que de s'y complaire, il optimise la jouissance et la vie.

Le chimpanzé, notre frère, nous montre la voie de l'asservissement (volontaire ou non), celle de la création des États, de l'établissement du capitalisme, de l'expansion de l'impérialisme, de la domination sexuelle.

Comme le disait Frans de Waal, les chimpanzés résolvent les problèmes du sexe par le pouvoir, les bonobos résolvent les problèmes du pouvoir par le sexe.

Il y aurait là un choix de vie à faire.

Nous nous sommes sans doute trompés de modèle. L'homme n'est pas la crème d'une prétendue création, il n'est pas non plus l'aboutissement d'une quelconque évolution, darwinienne ou autre. Il n'est qu'un singe dévoyé.

06 février 2012

Grenouilles de bénitier

Les prédictions de Nostradamus, comme celles des Mayas ou des barbus, on sait où on peut se les mettre. Celles du bonhomme La Fontaine, en revanche, même si on en parle beaucoup moins – je me demande pourquoi –, sont plus vérifiées que jamais.

Ouvrez n'importe quel journal, vous y trouverez une énième version de cette fable :

 

LES GRENOUILLES QUI DEMANDENT UN ROI

            Les Grenouilles, se lassant
            De l'état démocratique,
            Par leurs clameurs firent tant
Que Jupin les soumit au pouvoir monarchique.
Il leur tomba du ciel un Roi tout pacifique :
Ce roi fit toutefois un tel bruit en tombant,
            Que la gent marécageuse,
            Gent fort sotte et fort peureuse,
            S'alla cacher sous les eaux,
            Dans les joncs, dans les roseaux,
            Dans les trous du marécage,
Sans oser de longtemps regarder au visage
Celui qu'elles croyaient être un géant nouveau ;
            Or c'était un Soliveau,
De qui la gravité fit peur à la première
            Qui, de le voir s'aventurant
            Osa bien quitter sa tanière.
            Elle approcha, mais en tremblant.
Une autre la suivit, une autre en fit autant,
            Il en vint une fourmilière;
Et leur troupe à la fin se rendit familière,
       Jusqu'à sauter sur l'épaule du Roi.
Le bon Sire le souffre et se tient toujours coi.
Jupin en a bientôt la cervelle rompue :
Donnez-nous, dit ce peuple, un Roi qui se remue.
Le Monarque des Dieux leur envoie une Grue,
            Qui les croque, qui les tue,
            Qui les gobe à son plaisir,
            Et Grenouilles de se plaindre;
Et Jupin de leur dire : Eh quoi ! votre désir
        À ses lois croit-il nous astreindre ?
        Vous auriez dû premièrement
        Garder votre gouvernement;
Mais ne l'ayant pas fait, il vous devait suffire
Que votre premier Roi fut débonnaire et doux :
            De celui-ci contentez-vous,
            De peur d'en rencontrer un pire.

 

On se croirait au PQ, au Québec, au Canada, n'importe où au monde…