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07 août 2012

Élections juste pour rire

Ouverture de la campagne électorale : les humoristes québécois donnent le ton. À peine le festival Juste pour rire vient-il de ranger son attirail de rires préenregistrés que les véritables professionnels de la farce plate démarrent le leur.

Pour ne m'en tenir qu'aux slogans, qui concentrent à eux seuls tout le sel de l'humour provincial, ils fleurissent depuis quelques jours sur les affiches dans mon quartier. Il y a de quoi rire, en effet. Jaune…

Parti libéral du Québec : Pour le Québec. Connaissant la volonté de changement annoncée pas tous les partis, on en déduit que, jusqu'ici, le slogan du PLQ était : Contre le Québec. C'est bien ça. Et il était temps de changer, en effet. Après avoir vendu le Québec et ses ressources aux multinationales, il s'agit bien de conserver, pour les Québécois, ce qu'il en reste : le droit de travailler dans les mines. (Autrefois, c'était les esclaves qui s'en chargeaient. Les temps ont changé.)

Parti québécois : À nous de choisir. Quelle bonne idée. Mais qui est ce «nous», au fait? Qui sont les vrais Québécois? Si l'on s'en tient aux critères évoqués lors des dernières campagnes référendaires, je ne saurais trop conseiller aux mangeurs de couscous, de canard laqué, de cassoulet toulousain, de bratwursts, de rouleaux de printemps, de sauterelles grillées, de feijoada, de rizotto, de blinis, de mafé et de poisson cru de rentrer chez eux au plus sacrant, avant que ça ne sente trop mauvais.

Coalition pour l'avenir du Québec : rien. Aucune affiche de cette formation extraterrestre dans Saint-Henri. Normal, me dira-t-on. La CAQ, d'après les déclarations de son propre fondateur,  n'est nulle part. Elle n'est ni ceci ni cela. Elle est ailleurs. C'est bien. Qu'elle y reste.

Québec solidaire : Debout! Beau programme, certes. Mais totalement irréaliste. Mon pauvre Amir, depuis des siècles, les Québécois vivent à genoux, couchés ou à quatre pattes. Debout? Oublie ça : ils n'ont pas l'habitude, ils auraient le vertige…

25 juin 2012

Pourquoi les pauvres sont sales

D'abord, il ne faut pas dire que les pauvres sont sales, ce serait mal. Alors ne le disons pas. Mais, sans rien dire, regardons. Ça saute aux yeux : là où il y a pauvreté, il y a crasse. Traversez une rue, passez d'un quartier pauvre à un quartier riche, et vous passez de la saleté à la propreté (quand bien même cette propreté-là ne serait que pure hypocrisie – il s'agit là d'un autre problème). C'est une constatation, triste, sans doute, mais exempte de mépris comme de jugement. Des faits.
Pourquoi?
On a beau chercher, on ne trouve pas de réponse. De réponse logique, en tout cas. Il n'existe aucune raison pour que la pauvreté induise la saleté. Or, s'il n'y a pas de réponse, c'est qu'il n'y a pas de question (merci Desnos). Ou que la question est autre.
La corrélation entre pauvreté et saleté est pourtant flagrante. Mais, si la corrélation entre deux états est réciproque, la relation de causalité qu'elle peut impliquer ne fonctionne, elle, que dans un seul sens. Il suffit de découvrir ce sens. Pas compliqué, il n'y en a que deux. Si ce n'est pas l'un, c'est l'autre. La bonne question à se poser apparaît alors évidente, et ce n'est plus «pourquoi les pauvres sont-ils sales?», mais «pourquoi les sales sont-ils pauvres?»
Dès lors, tout devient clair.
Est sale celui qui se méprise lui-même et méprise son environnement; est sale celui qui ne veut accepter aucune responsabilité à propos de son corps, qu'il soit physique ou social; est sale celui qui abdique devant ce qu'il croit être une fatalité mais n'est que le résultat de son abdication, de son impuissance acceptée face à lui-même et face à son environnement. Et celui-là a toutes les chances de rester pauvre.
On parle d'ignorance crasse, mais la crasse précède l'ignorance.
S'il n'y aucune raison pour que les pauvres soient sales, il y en a beaucoup pour que les sales soient pauvres.
CQFD.

05 juin 2012

Thomas Bernhard sur l'éducation

À quoi reconnaît-on les textes des grands auteurs? Ils ne vieillissent pas.

Voici un extrait de Maîtres anciens, valable encore ici et maintenant :

L'État pense, les enfants sont les enfants de l'État, et agit en conséquence, et depuis des siècles il exerce son action dévastatrice. C'est en vérité l'État qui engendre les enfants, il ne naît que des enfants de l'État, voilà la vérité. Il n'y a pas d'enfant libre, il n'y a que l'enfant de l'État, dont l'État peut faire ce qu'il veut, l'État met les enfants au monde, on fait seulement croire aux mères qu'elles mettent les enfants au monde, c'est du ventre de l'État que sortent les enfants, voilà la vérité. Chaque année, par centaines de milliers, sortent du ventre de l'État des enfants de l'État, voilà la vérité. Les enfants de l'État, mis au monde par le ventre de l'État, vont à l'école de l'État où ils sont pris en charge par les professeurs de l'État. L'État enfante ses enfants dans l'État, voilà la vérité, l'État enfante ses enfants d'État dans l'État et ne les lâche plus. Où que nous regardions, nous ne voyons que des enfants de l'État, des élèves de l'État, des travailleurs de l'État, des fonctionnaires de l'État, des vieillards de l'État, des morts de l'État, voilà la vérité. L'État ne produit et ne permet l'existence que de créatures de l'État, voilà la vérité. Il n'y a plus d'homme naturel, il n'y a plus que l'homme de l'État, et là où l'homme naturel existe encore, on le traque et on le persécute à mort et/ou on en fait un homme d'État.

Thomas Bernhard, Maîtres anciens, 1985