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19 juillet 2014

Polars et contes de fées

Le rapport entre le polar et les contes de fées n'a pas l'air évident pour tout le monde – et on m'a parfois demandé pourquoi ou comment je pratiquais les deux.

La différence n'est pourtant pas si grande. Dans les deux cas, le monde est divisé en deux, les bons et les méchants. Les méchants ont commis un crime et les bons, au terme de l'histoire, seront rétablis dans leurs droits. L'ordre un instant rompu régnera de nouveau. Polars et contes de fées racontent donc chacun à sa façon des histoires rassurantes et, surtout, ils nous montrent que rien ne vaut l'ordre, et que pour cela il faut faire confiance à ceux (les princes ou les flics) qui sont chargés de le maintenir. Dans les deux cas, la princesse légitime dans le conte, l'innocent citoyen dans le polar, retrouveront leur dû, sans qu'on se pose la question de savoir en vertu de quoi le pouvoir de ladite princesse est plus légitime que le mien, ou pourquoi l'ordre établi est plus légitime que mon désir. Polars et contes de fées sont presque toujours du côté de l'ordre. Du bon côté. L'unique raison d'être du méchant est de justifier pleinement l'action répressive du prince ou du flic. Le polar, de ce point de vue, est donc le conte de fées d'aujourd'hui.

Il y a tout de même une différence entre les deux. Dans les contes de fées, le prince charmant prend ses couilles dans une main, et son épée dans l'autre. L'ordre, il va le faire régner lui-même. Comme un grand. À ses risques et périls. Dans le polar, au contraire, le grand bénéficiaire de l'ordre ne se mouille pas. Il ne se salit pas les mains. Il se cache derrière la loi et envoie ses sbires. Ses chiens fidèles, aveugles – rien que des dents et pas de cerveau –, ses chiens qui courent quand on leur dit de courir, qui s'arrêtent quand on leur dit de s'arrêter, qui mordent quand on leur dit de mordre. Les flics.

Rien ne sépare le prince du monstre qu'il combat. Le prince n'est pas un instrument. Il se bat pour son ordre, mais il prend des risques. Celui de mourir, principalement. Il doit au moins démontrer sa valeur. Rien de tel dans le polar. L'ordre (celui de l'État) se dissimule derrière le flic. Il ne reçoit jamais les coups, il n'est jamais remis en cause. Le flic n'est qu'un instrument trompeur (la muleta du torero) que le polar cherche à nous faire prendre pour l'agent du bien. Or le bien n'est pas autre chose que la loi, et la morale se ramène à la légalité (Stirner), donc à quelque chose qui est en dehors de nous, qui nous est imposé. La loi n'est que l'ordre des autres, pas le mien. Les flics ne me protègent donc pas, bien au contraire. Ils protègent ceux qui me veulent me spolier, m'asservir, me dicter ma conduite. Les flics me disent que je suis un manant et que seuls les princes ont le droit de vivre.

Finalement, je crois que je préfère les contes de fées. Là, au moins il n'y a pas de flics. Ou le roman noir, qui est au roman policier ce que le vice est à la vertu, ce que l'amour est au mariage, ce que l'homme libre est à l'esclave…

08 mai 2014

Mourir au printemps...

Autrefois, les printemps étaient parfois rouges. Aujourd'hui, ils seraient plutôt noirs.

Pour la troisième année consécutive, les Printemps meurtriers de Knowlton donnent le ton : le festival international de littérature policière remet ça, avec une brochette d'auteurs de divers pays dont la plume est aussi noire que leur conversation est joyeuse et colorée. Venez donc vérifier. Le programme est ici :

http://lesprintempsmeurtriers.com/francais/index_fr.html

 

Cela dit, qui dit littérature policière ne dit pas tout. Qui dit chien dit maître. Et qui se veut libre n'aime pas les chiens. Il n'y a de bon flic que mort... Je m'en suis donc donné à cœur joie dans mon dernier roman, Apportez-moi la tête de Lara Crevier, qui vient de paraître aux éditions Libre expression, dans la collection Expression noire :

http://www.editions-libreexpression.com/apportez-moi-tete...

 

Un roman de chasse... mais inversé. On y chasse pas les loups mais les chiens. Si vous cherchez du réconfort en lisant les aventures de nos joyeux protecteurs officiels, bœufs, poulets ou hirondelles, n'ouvrez pas ce livre, il n'est pas pour vous. Nous ne sommes pas ici entre gens de bien...

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