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14 mai 2012

Carré vert

Un ami de passage à Montréal me demandait pourquoi, alors que les porteurs de carré rouge étaient aussi nombreux dans les rues, on voyait aussi peu de porteurs de carré vert. Ça lui semblait contradictoire avec le fait que, selon les statistiques, la majorité des Québécois se prononce contre la grève des étudiants.

La chose n'est pourtant pas si paradoxale qu'il y paraît. Si le carré rouge véhicule des valeurs de résistance, de liberté, de refus de se laisser déposséder – valeurs qu'on peut revendiquer la tête haute –, le carré vert, lui, traîne à ses basques des siècles de bassesse, de honte, d'asservissement, de capitulation.

Morale d'esclaves…

Le carré vert signifie qu'on est prêt à payer pour ce qui devrait être gratuit; le carré vert signifie que, non seulement on est prêt à se faire tondre, mais qu'on est disposé à payer pour ça; le carré vert signifie qu'on est prêt à entrer dans la vie avec des dettes plutôt qu'avec un bagage; le carré vert signifie qu'on ne sera jamais autre chose qu'un subalterne, un larbin, un vendu, une carpette; le carré vert signifie qu'on est prêt à payer de sa personne, de son temps et de son avenir pour avoir le droit de servir d'outil à un maître qui le jettera quand il sera usé. Le carré vert signifie : «Je suis un mouton, voici le sceau de mon propriétaire».

Mais, bien que les «carrés verts» soient des moutons, ils le sont en silence. Car si le courage n'est pas nécessaire pour être un mouton, il l'est un peu, quand même, pour le clamer haut et fort. Les moutons bêlent, ils ne s'affichent pas.

Leur carré vert, ils le cachent honteusement. Dans leurs sous-vêtements, peut-être?

03 mai 2012

Lettre ouverte aux étudiants en grève

À vous tous qui vous tenez debout quand les autres demeurent à genoux,

à vous tous qui en avez assez de devoir payer avant même de pouvoir exister alors que les autres rament comme des galériens pour éponger leurs dettes,

à vous tous qui préparez votre avenir quand les autres sont déjà résignés et fossilisés dans une vie d'automate,

à vous tous qui êtes capables de résister à un gouvernement et à sa police quand les autres se contentent d'obéir et de craindre les chiens du maître,

à vous tous qui voulez posséder votre avenir quand les autres n'ont même pas été capables de créer leur propre pays,

à vous tous qui descendez dans la rue quand les autres chialent parce qu'ils vont arriver en retard au bureau où ils engraissent leur maître en échange de miettes et d'ennuis de santé,

à vous tous qui ne voulez pas vous laisser acheter quand les autres sont déjà vendus et réduits à l'état de marchandise,

à vous tous qui refusez d'être les victimes d'un pays miséreux assis sur des richesses dont il ne profitera pas parce qu'elles sont bradées à des multinationales,

à vous tous qui refusez d'être des esclaves alors que les autres ne savent pas encore qu'ils le sont depuis trop longtemps,

à vous tous qui refusez un héritage de misère, de médiocrité, de bassesse, de soumission servile et aveugle,

à vous tous qui êtes des hommes et des femmes au milieu d'une meute de chiens couchants,

à vous tous, bravo!

Depuis plus de 400 ans, on fait croire à vos ancêtres qu'ils ne sont rien; qu'ils ne sont là que pour travailler comme du bétail et se taire; qu'ils n'ont pas le droit de posséder leur propre pays; que la richesse qu'ils produisent doit aller dans la poche de ceux qui les exploitent et non dans la leur; que s'ils ne se soumettent pas, ils mourront; et, depuis plus de 400 ans, ils le croient!

Alors continuez. Vous avez tout à gagner et rien à perdre. Une session à l'eau, peut-être? Mais, en échange, la certitude de ne pas être des robots et la capacité de prendre votre propre vie en main au lieu de l'abandonner à celles de maîtres qui vous diront quoi faire et comment le faire.

Devenir adulte, ce n'est pas se laisser passer les menottes ni se couvrir de dettes, c'est refuser d'être enchaîné.

Votre avenir est à vous, prenez-le.

De force s'il le faut.