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16 septembre 2012

Le français menacé?

 

Avec le retour du Parti Québécois au pouvoir (enfin, partiel…), on va sans doute une fois encore nous rebattre les oreilles avec les menaces qui pèsent sur la langue française et repartir en guerre contre les méchants.

Le français menacé? Je veux bien, mais par qui?

La bête est toute désignée : le perfide Anglois, l'ennemi héréditaire qui submerge le monde avec son vieux créole franco-saxon.

Bon, si c'est vrai, il y en d'autres qui ont du souci à se faire avant nous : islandais, hongrois, khoïsans, estoniens, basques, et combien d'autres… Il y a quantités de pays dans lesquels la langue vernaculaire a été interdite, réprimée, assassinée. Qu'on pense au pays Basque ou à la Catalogne, par exemple. Parler le basque ou le catalan, même chez soi, a longtemps été passible de prison. Et pourtant, non seulement ces langues ont survécu, mais elles sont probablement aujourd'hui plus vivaces que jamais. Parce que leurs locuteurs les aiment et les utilisent envers et contre tout.

J'ai vécu pendant treize ans à Calgary et personne ne m'a empêché de parler ma langue ni ne m'a fait de réflexions désobligeantes à ce sujet, bien au contraire. Ma vie s'y est passée en français sans que personne y trouve à redire, et mes enfants ont toujours su parler leur langue.

Alors au Québec, où le français est protégé par tout un arsenal de lois et de règlements, qui le menace sérieusement? Pas les Anglais qui, au pire, s'en foutent, et, au mieux, l'apprennent.

Le français menacé au Québec? Oui, peut-être. Mais certainement pas par ceux qu'on croit. Une langue, tant qu'il existe des gens pour la parler, l'écrire ou la chanter, est une langue en bonne santé. Une langue ne disparaît que lorsqu'elle cesse d'être le véhicule d'idées ou d'émotions créatrices.

Si le français est menacé, où qu'il se parle dans le monde, ce ne peut être que par les francophones eux-mêmes, dès lors qu'ils ne savent plus le parler, dès lors qu'ils ne sont plus capables de le faire vivre, dès lors qu'ils ne sont plus capables de créer dans leur propre langue, dès lors qu'ils ne sont plus capables de l'utiliser au quotidien.

Il est donc inutile d'accuser anglophones et allophones, inutile de s'inventer des ennemis imaginaires ou de partir en guerre contre des moulins à vent : c'est quand elle n'a plus rien à dire qu'une langue meurt, pour aucune autre raison.