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17 janvier 2012

Panoptique (Prisons, 2)

Panoptique

 

Le panoptique est un système d'architecture carcérale inventé (ainsi que la plupart des systèmes carcéraux) par un philanthrope anglais, Jeremy Bentham, à la fin du XVIIIe siècle.

L'idée était d'en finir avec le vieux principe des cachots, donjons, bastilles et autres oubliettes où les condamnés croupissaient, mouraient ou s'évadaient (rarement) dans le noir et l'indifférence du reste du monde. Pour ce philosophe utilitariste, c'était un beau gâchis. Les prisonniers ne servaient à rien!

Le panoptique, de par sa structure circulaire et rayonnante, permet la surveillance de l'ensemble des prisonniers et de leurs activités par un seul gardien placé au centre. D'où, bien sûr, économie substantielle. Mais il y a mieux. Le gardien lui-même étant invisible, il peut s'absenter sans que les prisonniers s'en rendent compte. Allons jusqu'au bout : il pourrait même ne pas y avoir de gardien du tout!

On voit le gain qu'il y a à tirer d'une telle notion de la surveillance généralisée. Le vrai surveillant n'est pas celui qui voit – qui voit tout, ce qui est d'ailleurs impossible – mais celui qui fait croire qu'il voit. Ça nous rappelle quelqu'un, non? De là à demander aux surveillés de venir se placer eux-mêmes sous l'œil du surveillant, il n'y a qu'un pas, ainsi que nous le verrons plus loin.

Le principe de Bentham ne s'applique évidemment pas aux seules prisons, il s'en explique lui-même :

«La morale réformée, la santé préservée, l'industrie revigorée, l'instruction diffusée, les charges publiques allégées, l'économie fortifiée – le nœud gordien des lois sur les pauvres non pas tranché, mais dénoué - tout cela par une simple idée architecturale.»

Dès la parution du Panoptique, en 1780, il met les pendules à l'heure. L'ouvrage est sous-titré comme suit :

Un nouveau principe de construction applicable à toute sorte d'établissements dans lesquels les gens de toute condition peuvent être maintenus sous surveillance, en particulier les établissements pénitentiaires, les usines, les ateliers, les asiles de pauvres, les lazarets, les manufactures, les hôpitaux, les asiles de fous et les écoles.

Ça ressemble furieusement à 1984

À l'époque de Bentham, toutefois, la technologie ne permet pas de donner suite à ce projet grandiose de surveillance intégrale et autogérée. Il faudra attendre le XXIe siècle et le développement cancéreux des systèmes d'information pour que le rêve de Bentham devienne réalité.

L'idée de panoptique ne se cantonne plus aujourd'hui aux établissements mentionnés par Bentham, elle est devenue le modèle de tout système de relations sociales, y compris des médias. Et je pense surtout ici aux réseaux dits sociaux, grâce auxquels les États n'ont même plus besoin d'envoyer leurs sbires et leurs espions à la recherche de l'information sur leurs citoyens : ce sont ces derniers qui viennent se livrer d'eux-mêmes tout crus, nus et inconscients, à la Grande Mémoire dont l'accès leur reste pourtant interdit.

Ce que Deleuze avait parfaitement compris : La formule abstraite du Panoptisme [de Foucault] n'est plus «voir sans être vu», mais «imposer une conduite quelconque à une multiplicité humaine quelconque».

Jeremy Bentham l'avait rêvé, Mark Zuckerberg l'a fait.

30 octobre 2011

L'éducation selon Stephen Harper (Prisons, 1)

Que faites-vous si ce n'est créer des voleurs pour les punir ensuite?

Thomas More

 

On parle beaucoup de la manière dont Stephen Harper et les conservateurs ont sabré dans le budget de l'éducation. C'est un peu abusif. Il est erroné de parler de coupures. Il s'agit plutôt de transferts. Transferts de crédits d'un système éducatif vers un autre.

Stephen Harper a vraiment à cœur de venir en aide aux jeunes Québécois qui vivent dans la rue ou dans une interminable misère à défaut d'avoir reçu une véritable éducation. Et il entend y remédier sans tarder.

Que font ces jeunes qui ne savent où aller? Ils sombrent dans la délinquance. La petite délinquance. Voleurs de pommes, de sacs à main, graffiteurs minables, revendeurs à la petite semaine…

On nous dit que c'est le Québec qui, en Amérique du Nord, a le taux de criminalité le plus faible. Le plus FAIBLE! Et voilà, le Québec est encore le dernier de la classe! Le Québec en est encore à soigner ses jeunes délinquants avec du baratin, de la prévention, de la réinsertion. Il propose à ses jeunes contrevenants de continuer à végéter dans un système qui les pousse, au mieux, à devenir vendeurs de hot-dogs, plombier ou électricien. On parle même de leur apprendre à lire et à écrire. À écrire! Je vous demande...

On le voit clairement : en matière d'éducation, le Québec n'a pas la moindre ambition. Stephen Harper, lui, en a. À quoi ça sert de savoir lire et écrire? À rien. Il en est la preuve… L'éducation, selon lui, va bien au-delà de ces rêveries improductives. Ce qu'il faut aux jeunes de la rue, c'est une véritable formation, avec des maîtres compétents et des débouchés réels dans le monde réel. Stephen voit grand, et il a la solution.

Au lieu de financer des bibliothèques et des écoles où, quand on parle de culture, il n'est même pas question de patates ou de maïs – qui sont des choses vraiment utiles –, il construit des prisons. Et même des méga prisons. Où il entend fourrer tous ces jeunes sans avenir. Et avec quelle efficacité!

Entrés voleurs de bonbons ou chapardeurs de sacs à main, sans espoir de progresser ou d'échapper à la rue, ils en ressortiront en vrais gens de métier. Le temps de leur peine, ils se seront frottés aux meilleurs en matière de crime. De vrais pros. Ils auront noué des contacts, se seront constitué un réseau, auront appris que le vol, c'est autre chose que de piquer un porte-monnaie à une vieille. Ils quitteront la prison avec un bagage à la fois théorique et pratique et, surtout, une véritable structure d'accueil les prendra en charge dès leur sortie. Quel collège, quelle université serait capable de leur offrir une formation plus solide?

Qu'on n'accuse plus Stephen Harper de négliger l'éducation : l'école du crime, il  fallait juste y penser…

 

12 août 2011

Volodine et la police

Dans Lisbonne dernière marge, Volodine évoque la police dans des termes assez inquiétants - comme tout ce qu'il écrit :

 

«La police est aussi une palissade; une palissade qui ferme la rue. [...] La police est nécessaire à la rue. Parfois elle est peinte en vert, parfois en bleu, parfois en gris. Elle se tient solide, en bordure des choses. [...] Qu'y a-t-il de l'autre côté de la police? On peut supposer une organisation dont elle serait le bras armé, on peut supposer des maîtres, qui se serviraient d'elle pour s'abriter, pour rendre leur monde inaccessible. Cependant, rien n'empêche d'imaginer aussi que, derrière la police, il n'y a rien. Et une telle idée n'est guère rassurante. C'est pourquoi, après avoir conjuré sa peur en implorant la police, l'homme qui a façonné la police avec ses doigts, avec ses pensées, l'homme, donc, s'adosse à la nuit et continue à avoir peur.»

 

10:56 Publié dans Actualité | Lien permanent | Commentaires (1) | Tags : volodine, prison, police