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01 décembre 2011

J'haïs le hockey

On entend beaucoup poser la question suivante depuis un certain temps : de quoi le Québec a-t-il besoin? On publie même des livres sur le sujet. Curieux. La réponse tient pourtant en une seule ligne.

Le Québec n'a besoin de rien.

Le Québec a tout. Un territoire, des richesses naturelles, une langue, une histoire, une culture, de la mer et de la montagne, un peuple. Un peuple plus riche que beaucoup d'autres puisqu'il provient du monde entier. Alors, où est le problème?

Le problème est que les Québécois ne le savent pas. Ils ne connaissent pas leur pays. Ils en connaissent le folklore et les noms des joueurs de hockey, mais ils ne savent pas qu'ils sont assis sur de l'or. Ils ne veulent pas le savoir. Leur propre richesse leur fait peur. Quand ils votent, c'est systématiquement pour ceux qui vont les dépouiller, vendre leurs richesses pour une bouchée de pain et se foutre de leur gueule. Et quand ils en ont assez de se faire dépouiller par l'un (on parle beaucoup en se moment de ce prétendu désir de changement des Québécois), tout ce qu'ils demandent, c'est de se faire dépouiller par un autre – avec plus ou moins de vaseline, mais pour un résultat identique.

Comment peut-on supporter, après des années, des siècles d'écrabouillement, de se faire piétiner encore? Toujours de la même façon. Et sur tous les continents.

Les Québécois, comme tous les peuples asservis, ont un joujou qui suffit à leur faire oublier le reste. Ils ont une équipe de hockey. Assez connue, paraît-il. Et tant qu'ils pourront se rêver en gros clowns genre bonhomme Michelin multicolore patinant derrière une rondelle (une rondelle! voir à ce propos mon article précédent…), tant qu'ils pourront se libérer de leur stress, de leur refoulement, de leur hargne, de leur misère intellectuelle et physique en écrabouillant un autre clown sur la bande ou en envoyant le petit bout de caoutchouc dans un filet, tant qu'ils pourront hurler en meute (merci Dr Goebbels) jusqu'à tomber soûls morts, tant qu'ils pourront regarder les autres agir à leur place, ils accepteront leur sort et se contenteront de ce rôle de spectateur de leur propre dépossession.

Je hais le hockey comme je hais les chiens qui courent après la balle que leur lance leur maître.

(Je parle bien sûr ici du hockey non en tant que pratique sportive, mais en tant que spectacle de masse. Et il s'agirait tout aussi bien de soccer ou de base-ball. Lire à ce propos l'essai d'Alain Deneault intitulé Le sport professionnel comme métaphore du capitalisme, in Alain Deneault, Faire l'économie de la haine, Montréal, Écosociété, 2011.)

 

Note : Merci à François Barcelo pour le titre de l'article…