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09 septembre 2015

Petit éloge de Facebook

Le fait que je n’aie pas de compte Facebook – et que je n’envisage pas d’en avoir – ne signifie nullement que je n’en apprécie pas les bons côtés. Car Facebook, je dois bien le reconnaître, est un outil merveilleux.

Personnellement, j’en tire profit de deux manières :

1) Facebook est une sorte de paratonnerre qui attire à lui les fonctions de surveillance autrefois dévolues aux voisins malveillants et jaloux, aux flics ou aux indics, taupes et autres mouchards. Facebook vous surveille et, surtout, vous comptabilise, mais sans vous emmerder puisqu’il suffit, si on ne veut pas qu’il le fasse, de ne pas s’y inscrire. L’œil de Sauron, à défaut de celui de Moscou, est tellement fixé sur lui qu’il ne voit plus rien d’autre. Il n’a même plus besoin de vous chercher puisque vous vous placez de vous-mêmes sous son bienveillant regard.

2) Facebook est aussi une sorte de purificateur d’air. Il nettoie votre atmosphère, retient la médiocrité, l’amalgame et la précipite (au sens chimique du mot), ce qui fait que votre blogue, votre ligne téléphonique ou votre service de messagerie électronique ne sont plus engorgés par les messages creux de vos faux amis (Yé! Wow! Berk! et autres billes de clown…). Facebook draine et avale sans discrimination les commentaires stupides, les pensées vides, les exclamations de néant, les carrés blancs sur fond blanc. Les imbéciles s’y jettent comme mouches sur papier collant. Résultat, il ne reste dans votre entourage que ce qui en vaut la peine : des amis pourvus d’un épiderme (ceux qui savent jouir comprendront…).

Facebook est, au bout du compte, un formidable filtre à cons.

J’aime…

17 janvier 2012

Panoptique (Prisons, 2)

Panoptique

 

Le panoptique est un système d'architecture carcérale inventé (ainsi que la plupart des systèmes carcéraux) par un philanthrope anglais, Jeremy Bentham, à la fin du XVIIIe siècle.

L'idée était d'en finir avec le vieux principe des cachots, donjons, bastilles et autres oubliettes où les condamnés croupissaient, mouraient ou s'évadaient (rarement) dans le noir et l'indifférence du reste du monde. Pour ce philosophe utilitariste, c'était un beau gâchis. Les prisonniers ne servaient à rien!

Le panoptique, de par sa structure circulaire et rayonnante, permet la surveillance de l'ensemble des prisonniers et de leurs activités par un seul gardien placé au centre. D'où, bien sûr, économie substantielle. Mais il y a mieux. Le gardien lui-même étant invisible, il peut s'absenter sans que les prisonniers s'en rendent compte. Allons jusqu'au bout : il pourrait même ne pas y avoir de gardien du tout!

On voit le gain qu'il y a à tirer d'une telle notion de la surveillance généralisée. Le vrai surveillant n'est pas celui qui voit – qui voit tout, ce qui est d'ailleurs impossible – mais celui qui fait croire qu'il voit. Ça nous rappelle quelqu'un, non? De là à demander aux surveillés de venir se placer eux-mêmes sous l'œil du surveillant, il n'y a qu'un pas, ainsi que nous le verrons plus loin.

Le principe de Bentham ne s'applique évidemment pas aux seules prisons, il s'en explique lui-même :

«La morale réformée, la santé préservée, l'industrie revigorée, l'instruction diffusée, les charges publiques allégées, l'économie fortifiée – le nœud gordien des lois sur les pauvres non pas tranché, mais dénoué - tout cela par une simple idée architecturale.»

Dès la parution du Panoptique, en 1780, il met les pendules à l'heure. L'ouvrage est sous-titré comme suit :

Un nouveau principe de construction applicable à toute sorte d'établissements dans lesquels les gens de toute condition peuvent être maintenus sous surveillance, en particulier les établissements pénitentiaires, les usines, les ateliers, les asiles de pauvres, les lazarets, les manufactures, les hôpitaux, les asiles de fous et les écoles.

Ça ressemble furieusement à 1984

À l'époque de Bentham, toutefois, la technologie ne permet pas de donner suite à ce projet grandiose de surveillance intégrale et autogérée. Il faudra attendre le XXIe siècle et le développement cancéreux des systèmes d'information pour que le rêve de Bentham devienne réalité.

L'idée de panoptique ne se cantonne plus aujourd'hui aux établissements mentionnés par Bentham, elle est devenue le modèle de tout système de relations sociales, y compris des médias. Et je pense surtout ici aux réseaux dits sociaux, grâce auxquels les États n'ont même plus besoin d'envoyer leurs sbires et leurs espions à la recherche de l'information sur leurs citoyens : ce sont ces derniers qui viennent se livrer d'eux-mêmes tout crus, nus et inconscients, à la Grande Mémoire dont l'accès leur reste pourtant interdit.

Ce que Deleuze avait parfaitement compris : La formule abstraite du Panoptisme [de Foucault] n'est plus «voir sans être vu», mais «imposer une conduite quelconque à une multiplicité humaine quelconque».

Jeremy Bentham l'avait rêvé, Mark Zuckerberg l'a fait.